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Discours
Discours
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Mardi 24 mars
Hémicycle
SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et messieurs les membres du Gouvernement,
Mesdames et messieurs les députés, chers collègues,
Lionel Jospin nous a quittés.
Ancien Premier secrétaire du Parti socialiste, élu départemental, régional, national, européen, ministre d’État, Premier ministre de la troisième cohabitation, il était une figure de la Cinquième République.
Ici même, sur ces bancs où il siégea comme député de Paris puis de la Haute-Garonne, il était éminemment respecté, par-delà les clivages, pour sa rectitude, son éthique et la rigueur de son engagement au service de la France et des Français.
« J’ai toujours respecté le Parlement, (…) ce lieu du débat et de décision politique » a écrit Lionel Jospin dans ses Mémoires. Il savait que c’est ici, dans cet hémicycle, que bat le cœur de la démocratie et de la volonté générale.
Nos bancs gardent en mémoire ses interventions, qui étaient à son image : précises, dépouillées d’artifice, redoutables de justesse et de justice.
Nous nous souvenons aujourd'hui du ministre de l'Éducation nationale, qui, avec la loi d’orientation de 1989, plaça l’égalité des chances et les droits des élèves au cœur de la promesse républicaine.
Nous nous souvenons également, bien sûr, du Premier ministre de la "Gauche Plurielle". À Matignon, il porta un projet « d’audace tranquille », afin de transformer le quotidien de nos concitoyens, à travers notamment la Couverture Maladie Universelle, l’Allocation Personnalisée d’Autonomie, les 35 heures ou encore le PACS.
Conscient que les mandats publics ne devaient plus être « une sorte de monopole masculin », il s’engagea également pour la parité en politique, qui fut inscrite dans la Constitution en 1999. Grâce à lui, notre Assemblée ressemble aujourd'hui davantage à la France.
Après sa défaite aux présidentielles en 2002, il continua de s’engager au service de nos institutions – et notamment au Conseil constitutionnel, où il défendit notre État de droit contre les vents mauvais.
Car Lionel Jospin, c’était aussi une éthique de conviction, jointe à une intégrité à toute épreuve.
Trop souvent caricaturé comme un ascète sévère et cérébral, il répondit à ces critiques dans une formule oxymorique et ironique, se définissant comme « un rigide qui évolue, un austère qui se marre et un protestant athée ».
Sous l’armure de l’homme d’État, perçait en effet un homme convivial, chaleureux, aux passions éclectiques. Lionel Jospin était ainsi un basketteur accompli qui, même devenu Premier secrétaire du Parti socialiste, arpentait les parquets les week-ends, chérissant l’élégance du geste collectif.
Cinéphile averti, il joua même son propre rôle dans une comédie en 2010, rappelant, avec autodérision, qu'il était « retiré de la vie politique ».
Ouvert à toutes les formes d’expressions culturelles, il admirait la réussite de son fils Hugo, compositeur de musique de films ; de sa fille Éva, plasticienne ; et celle de Daniel, le fils de Sylviane qu'il avait fait sien, normalien et agrégé de philosophie.
En 2023, il fut aussi très fier que son épouse académicienne, Sylviane Agacinski, obtînt le Prix des Députés pour un essai où elle plaidait pour un humanisme universaliste et féministe face aux nouveaux obscurantismes.
Mesdames, Messieurs, à la question de savoir s'il conseillerait à un jeune de s'engager, Lionel Jospin répondit un jour : « Oui, je lui dirais : "Vas-y, ça vaut le coup. « Bien sûr, la vie n'est pas que politique [...] Mais l'intérêt pour la vie de la cité et pour le sort du monde reste à mes yeux une dimension essentielle de la vie d'un homme. »
Toute sa vie, Lionel Jospin l’a consacrée à cette « dimension essentielle » : servir autrui et son pays.
Au nom de la Représentation nationale, j'adresse à sa famille, à ses proches ainsi qu'au groupe socialiste nos condoléances attristées.
Mes chers collègues, en la mémoire de Lionel Jospin, je vous demande d’observer une minute de silence.
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