Inauguration d’une plaque en hommage à René La Combe

Lundi 19 octobre

Paris XVI° - avenue de Malakoff
Seul le prononcé fait foi

Mesdames et messieurs les parlementaires,

Madame la Ministre, chère Roselyne Bachelot-Narquin,

Monsieur le Maire du 16e arrondissement, cher Jérémy Redler,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mon Général, cher Thierry Burkhard, délégué national de l’Ordre de la Libération,

Mon Général, cher François-Xavier Mabin, gouverneur militaire de Paris,

Mesdames et Messieurs les officiers généraux et supérieurs,

Mesdames et Messieurs les membres de la famille de René La Combe, cher Jérôme La Combe, cher Gautier La Combe,

Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités,

« Soyons fermes, purs et fidèles. Au bout de nos peines, il y a la plus grande gloire du monde, celle des hommes qui n’ont pas cédé. »

Ces mots, le général de Gaulle les prononce le 14 juillet 1941 à Brazzaville, devant des Français libres, qu’il vient de décorer de l’Ordre de la Libération.

Ils furent 1 038 valeureux à rejoindre cet « ordre de la Nuit » chanté par André Malraux.

1038 femmes et hommes qui, dans l’obscurité, avaient rallumé les flambeaux de la liberté.

1 038 Compagnons de la Libération.

Parmi lesquels : René La Combe.

**

Mesdames, Messieurs,

La vie de René La Combe semble tout entière répondre à cette exigence suprême : ne pas céder.

Ne pas céder lorsque la France s’effondre. Ne pas céder lorsque l’occupant traque et torture. Ne pas céder lorsque l’on est arrêté, emprisonné, déporté.

Ne pas céder, au nom de la liberté.

René La Combe avait d’ailleurs choisi, pour devise, ces mots de Vercingétorix : « J’ai pris les armes pour la liberté de tous. »

Tout est là. La liberté, le dévouement, et sa ferveur de l’engagement.

Cette ferveur ne le quitta jamais.

Car après son engagement militaire dans la Résistance pour libérer la France, succéda son engagement politique, citoyen, parlementaire, pour la reconstruire.

En 1958, porté par la vague gaulliste, René La Combe fut ainsi élu député du Maine-et-Loire, dans les rangs de l’Union pour la nouvelle République.

Il y noua de véritables liens d’amitiés : avec le Premier ministre Michel Debré ou le député Jean Narquin, un autre amoureux du Maine-et-Loire – chère Roselyne Bachelot-Narquin.

Son courage, sa fidélité, sa modestie furent unanimement salués et reconnus par ses collègues députés, au point qu'il fut élu, puis réélu, à la vice-présidence de l’Assemblée nationale, de 1965 à 1973, puis en 1978.

**

Jusqu’à la fin de sa carrière parlementaire, en 1986, René La Combe restera fidèle au gaullisme.

Mais fidèle ne veut pas dire immobile.

C’est aussi, pour René La Combe, savoir s'élever au-dessus des clivages partisans au nom de l’intérêt national.

Ce message ancien et si actuel, René La Combe le fit sien, lorsqu’il présida le Centre d’étude et de recherches Égalité et Liberté, afin de rapprocher gaullistes et élus de centre-gauche.

Ce même dépassement des clivages lui valut aussi d’être un gaulliste engagé pour les droits des femmes, en votant la loi Neuwirth de 1967, puis la loi de 1975 autorisant le divorce par consentement mutuel.

Surtout, il s’engagea avec panache pour défendre Simone Veil.

Nous sommes alors en 1974. La ministre Veil monte à la tribune de l’Assemblée pour défendre sa loi sur l’IVG. Elle y affronte les attaques les plus atroces, subissant des comparaisons avec le nazisme génocidaire — elle, la survivante de la Shoah, elle le matricule 78 651 d’Auschwitz-Birkenau.

Lorsque nous parlons aujourd’hui de la violence dans notre débat public, souvenons-nous aussi de ces heures-là.

Face à ce déchaînement de haine, René La Combe, lui, le Résistant, sort de sa réserve et laisse éclater son « indignation » dans l’hémicycle, je le cite :

« Je n’avais pas l’intention d’intervenir dans ce débat. Mais les attaques d’une virulence inadmissible que vous subissez depuis quelques jours de la part de certaines formations et les comparaisons qui sont faites m’obligent à monter à cette tribune pour clamer mon indignation. »

Dénonçant ce que j’appelle depuis le « club de machos » de la politique, il regrette également, je le cite encore, que « la décision définitive [sur l’IVG] ne puisse être prise que par une majorité écrasante de députés masculins ».

En effet, alors même que Simone Veil prononce son discours historique, on ne compte, parmi les 490 députés présents, que neuf femmes.

Neuf seulement.

Ce regret lucide, cette prise de conscience féministe, c’est en gaulliste social que René La Combe les formule. En député soucieux d’accompagner l'émancipation de la société. En amoureux de la France républicaine et universaliste.

**

C’est cette même idée d’une France fière, et tournée vers l’avenir, qui nourrissait sa réflexion sur l’éducation.

René La Combe était en effet convaincu que l’école devait être ce puissant facteur d’unité et d’égalité, capable de briser les assignations sociales et territoriales. Une exigence républicaine qui nous parle tant aujourd'hui.

En 1968, pour lutter contre le déterminisme social, il réclamait ainsi à l'Assemblée une meilleure information en matière d’orientation pour les « jeunes gens et des jeunes filles issus des milieux ruraux ».

Car René La Combe était aussi un élu enraciné et engagé pour la ruralité angevine.

 Et puisque j’évoque ses racines, comment ne pas mentionner celles qui le rattachaient à la Pologne ?

Son père, Louis, avait été consul à Varsovie, lorsque René était tout jeune enfant. Il y retourna souvent et en conserva un attachement profond, jusqu’à présider le groupe d’amitié France-Pologne à l’Assemblée au nom, je cite, « des liens d’amitié qui nous unissent au peuple polonais, […] et au nom de la Pologne de toujours ».

Je suis moi-même la petite-fille de Kalmann Braun, né à Łódź. Lui qui, à neuf ans, quitta sa ville natale, seul, pieds nus, pour traverser l’Europe et s’installer à Nancy. Lui qui, dès le premier jour de la mobilisation en 1939, s’engagea dans la Légion étrangère. Lui qui rejoignit le maquis des Glières et participa à la libération de Cluses.

Je connais donc intimement ce lien singulier, intime, entre la France et la Pologne. Un lien fait d’exils douloureux, de combats partagés et de valeurs communes, qu’il nous appartient de défendre aujourd’hui comme hier.

Ce mois-ci encore, j’étais à Varsovie, aux côtés de mes homologues allemand, polonais et ukrainien, pour un Sommet parlementaire du Triangle de Weimar. Afin de resserrer nos liens de défense, si vitaux face aux menaces qui pèsent sur la frontière orientale de notre continent.

Là encore, la prescience de René La Combe nous parle au présent.

**

Mesdames et Messieurs,

Pour ses choix précurseurs en matière d’égalité et de droits humains, pour son combat pour une France libre et meilleure, je suis fière d’honorer cet illustre député, ici, dans l’avenue parisienne où il vécut.

Et je remercie toute la famille La Combe, comme tous ceux qui ont rendu cette initiative possible.

Comme Présidente de l’Assemblée nationale, je continuerai sans relâche à faire vivre la mémoire de ces députés qui firent l’honneur et la grandeur de notre institution. Le mois dernier encore, à Domont, j’inaugurais un parc en hommage à Léonel de Moustier. Lui aussi député, lui aussi Résistant, lui aussi Compagnon de la Libération, et qui fut l’un des 80 parlementaires qui refusèrent les pleins pouvoirs à Pétain. 

**

Mesdames, Messieurs, je conclurai avec les mots de René La Combe.

En 1987, alors qu'il recevait la cravate de commandeur de la Légion d’honneur des mains de mon prédécesseur Jacques Chaban-Delmas, il prononça ces paroles définitives :

« Il y a chez nous de multiples tendances. Les Français vivent avec des tendances. Il y a des socialistes, des communistes, des gaullistes. […] »

« C’est cela, la France ! Celle de notre histoire, celle que nous devons servir. »

Tout René La Combe est là.

La fidélité à ses convictions, sans jamais oublier que la France est plus grande que nos appartenances.

Une France qui, lorsque l’essentiel est en risque, sait se rassembler autour de ce qui la dépasse.

Une France libre.

Une France féministe.

Une France qui ne cède pas.

Vive René La Combe !

Vive la République !

Et vive la France !

  

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