Jeudi 8 octobre 2026
Discours
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Lundi 5 octobre
Galerie des Fêtes
Seul le prononcé fait foi
Mesdames, messieurs les parlementaires,
Madame la Directrice de l’Institut Robert Badinter,
Cher Jean-Marc Dumontet, cher Stéphane Guillon,
Mesdames, Messieurs,
En 2017, lorsque je suis entrée pour la première fois dans l’hémicycle comme jeune députée, j’ai marqué un temps d’arrêt.
J’entrais dans le lieu où la peine de mort avait été abolie.
Ce combat, qui m’avait bouleversée comme étudiante en droit et avocate pénaliste, avait ici trouvé sa traduction dans la loi.
Alors, vous comprendrez mon émotion en vous accueillant, pour cette Nuit du Droit consacrée à Robert Badinter.
Dans quatre jours, nous célébrerons le 45e anniversaire de la loi du 9 octobre 1981.
Et, grâce à vous, cher Stéphane Guillon, nous allons réentendre la parole de celui qui a porté cette loi d’humanité.
Sa voix, sa force, et surtout, sa conviction : la justice n'est pas la vengeance.
Cette conviction venait de loin. Elle venait des prétoires, de ces heures d’angoisse dans les couloirs de la mort.
Elle venait aussi des procès Buffet-Bontems en 1972 et Henry en 1977.
En 1972, devant la cour d’assises de l’Aube à Troyes, Robert Badinter défend Roger Bontems. Bontems n’a pas tué : c’est son codétenu, Claude Buffet, qui a donné la mort aux deux otages de Clairvaux. La cour d’assises elle-même le reconnaît.
Pourtant, l’accusation réclame les deux têtes.
Quelques mois plus tard, la guillotine tombe.
Cet échec hantera Robert Badinter : il n’a pas réussi à sauver de l’échafaud un homme qui n’avait pas donné la mort.
Cinq ans plus tard, en 1977, le destin le ramène précisément à Troyes, devant la même cour d’assises.
Cette fois, il défend Patrick Henry.
Un enfant de sept ans, Philippe Bertrand, a été assassiné. L’émotion est immense. La colère aussi. La mort semble déjà promise.
Cinq ans plus tôt, ici même, il n’avait pas réussi à empêcher la guillotine.
Réussira-t-il, cette fois, par la force du droit et de la parole, à arracher un homme à la mort ?
C'est l’enjeu de la plaidoirie magistrale que nous allons réétendre.
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Quatre ans après, le 17 septembre 1981, à quelques pas de nous, l’avocat devenu garde des Sceaux prononce un des plus fameux discours de la Ve République.
Ce discours, Robert Badinter l’avait mûri pendant des années. Il l’avait médité, ciselé ; il l’avait repris jusqu’au dernier instant.
Vous pourrez d’ailleurs découvrir, dans notre exposition derrière vous, le tapuscrit de son discours annoté de sa main.
La loi abolissant la peine de mort est promulguée le 9 octobre 1981.
Son article premier tient en six mots : « La peine de mort est abolie. »
Six mots qui parachevaient l’œuvre de générations d’abolitionnistes, de Cesare Beccaria à Jean Jaurès, de Voltaire à Victor Hugo.
De l’auteur du Dernier jour d’un condamné justement, dont nous allons entendre un extrait, Robert Badinter aimait à citer cette phrase : « Le droit qu’on ne peut retirer à personne, c’est le droit de devenir meilleur. » Aussi considérait-il, avec le député Hugo, la peine de mort comme « le signe spécial et éternel de la barbarie ».
45 ans plus tard, ces six mots nous obligent encore.
Car défendre l’abolition, c’est défendre une justice qui sait qu’elle est humaine. Et donc faillible.
Une justice qui affirme la dignité de tout être humain.
Cette exigence de dignité a guidé toute l’action de Robert Badinter, y compris dans ses engagements parfois moins connus.
En 1982, il porte la suppression de la discrimination pénale qui frappait encore les relations homosexuelles.
Il lutta également pour supprimer les quartiers de haute sécurité, ou pour améliorer l’accès des détenus à la santé et la culture. C'est aussi sous son ministère qu'est adoptée la loi améliorant l’indemnisation des victimes d’accidents de la route.
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Mesdames, Messieurs,
Une fois la peine de mort abolie dans la loi, Robert Badinter a voulu protéger cette conquête. La graver dans notre norme suprême.
En 2007, le sénateur Badinter est ainsi rapporteur, au nom de la commission des lois du Sénat, du projet de loi constitutionnelle relatif à l’interdiction de la peine de mort.
Depuis 2007, l’article 66-1 de notre Constitution dispose : « Nul ne peut être condamné à la peine de mort. »
Dans l’actualité, lorsque l’émotion étrangle le débat, lorsque la loi du talion resurgit, alors, nous pouvons remercier Robert Badinter d’avoir verrouillé tout retour en arrière.
Aujourd'hui comme hier, il faut tenir son cap abolitionniste. Aujourd'hui comme hier, l’abolition n’est pas un principe que l’on suspend au gré de l’émotion.
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Et cette exigence demeure aussi actuelle qu’universelle.
En 2025, au moins 2 334 condamnations à mort ont été prononcées dans 48 pays.
Mais que de chemin parcouru ! Lorsque la France abolissait la peine capitale, deux tiers des États la maintenaient. Aujourd’hui, le rapport s’est inversé.
Ce progrès, nous le devons aussi à Robert Badinter, qui consacra le dernier grand combat de sa vie à l’abolition universelle.
Ce combat, il nous l’a laissé en héritage. À nous, désormais, de le poursuivre.
L'Assemblée nationale s'est engagée à porter ce flambeau. C'est pourquoi nous avons tenu à accueillir ici même, en juillet dernier, la clôture du 9e congrès mondial contre la peine de mort.
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Poursuivre ce combat appartient bien sûr aux responsables politiques, aux magistrats, avocats, associations.
Il appartient aussi à chacun de nos concitoyens. À vous.
Et je veux m’adresser aux nombreux étudiants présents ce soir. Vous aurez, demain, à faire vivre ces principes. Dans un cabinet, un tribunal, une association, peut-être un jour dans l’hémicycle.
Et vous aurez, alors, à vous engager.
Ce que nous enseigne la vie de Robert Badinter, c'est précisément cette force de l’engagement. Il n'y a jamais eu, chez lui, de frontière entre le citoyen révolté par l'injustice, l'avocat acharné à sauver une vie, et le ministre. C'était un seul souffle. La fusion, en une même personne, de l’engagement civique, juridique, et politique.
De la même manière, il doit y avoir une continuité entre votre conscience de citoyen, et votre engagement professionnel ou politique.
Car c'est à vous, désormais, d'être les maillons de cette grande chaîne de la justice et des droits humains.
Transmettre cette mémoire, raviver cette flamme de l’engagement, rapprocher les citoyens de nos institutions :
Tel est le sens de la politique d’ouverture citoyenne et mémorielle de l’Assemblée nationale que nous portons depuis 2022.
Tel est le sens de cette Nuit du Droit.
Pour le succès de cette nouvelle édition, je veux remercier l’Institut Robert Badinter. Je remercie aussi le Théâtre Antoine, Jean-Marc Dumontet, et leurs équipes. Et je vous remercie vous, cher Stéphane Guillon.
Merci de mettre votre talent, votre passion, votre émotion et votre engagement au service de cette transmission.
Mesdames, Messieurs,
Le 9 octobre 2025, 44 ans après la promulgation de la loi d’abolition, Robert Badinter est entré au Panthéon.
Sur le fronton du Panthéon sont gravés ces mots : « Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante. »
Ce soir, dans cette Assemblée où son combat pour l’abolition devint la loi de la République, nous rendons hommage à l’un de ces grands hommes.
Et, à notre tour, nous lui disons toute la reconnaissance de la Représentation nationale pour son combat.
Un combat pour l’humanité, la dignité, la justice.
Un combat pour la République.
Un combat pour la France.
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