Ouverture du 24e Sommet des Présidents d’assemblée des États membres du G7 Parlementaire

Vendredi 11 septembre

Hôtel de Lassay
Seul le prononcé fait fois

Mesdames, Messieurs,

Alors que j'ai l’immense honneur d'ouvrir ce Sommet parlementaire du G7, une date s'impose à nos mémoires.

En ce 11 septembre 2026, chacun d'entre nous se souvient de l’endroit précis où il se trouvait il y a vingt-cinq ans, jour pour jour.

En ce jour de mémoire, 25 ans après ces attaques terroristes d’une ampleur inédite, je veux commencer par adresser, au peuple américain, le témoignage de notre solidarité collective. 

À travers ces attentats, c’était l’ensemble du monde libre qui était ciblé. Nos valeurs.

Pourtant, si le terrorisme croyait nous abattre, il n'a fait que nous rassembler.

Parce qu'elles étaient directement visées, nos démocraties surent faire bloc, unies par un même idéal.

Cette unité, cette solidarité, cet attachement viscéral à nos valeurs fondamentales, tels seront les principes qui nous guideront lors de ce Sommet parlementaire du G7 qui s’ouvre aujourd'hui.

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Chers collègues, Mesdames, Messieurs,

Le 11 septembre ne fut pas seulement une tragédie humaine. Il fut un basculement géopolitique.

Pour citer Kofi Annan, Prix Nobel de la Paix et alors Secrétaire général des Nations unies : le monde est entré dans le troisième millénaire par « une porte de feu ».

Cette « porte de feu », nous en subissons encore les ondes de choc. Le terrorisme global. La fin de nos certitudes. La brutalisation du monde avec le retour des conflits de haute intensité.

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Et je veux ici avoir une pensée, cher Ruslan Stefantchouk, pour le peuple ukrainien, si durement endeuillé.

Au nom des valeurs qui nous réunissent, nous condamnons les ignobles frappes russes de ces derniers jours, dont celle qui a tué au moins 27 personnes près de Kyiv.

Jusqu’où la Russie ira-t-elle dans l’horreur ? Rien, absolument rien, ne peut justifier que des familles, des enfants, des innocents paient le prix de cette folie meurtrière.

Alors que l’Ukraine affronte les bombes, nous réaffirmons plus que jamais notre objectif : nous voulons la paix.

Mais pas n’importe laquelle. Nous voulons une paix consentie, non subie. Une paix approuvée par le peuple ukrainien et ses représentants, cher Ruslan.

Nous voulons une paix qui ne saurait être ni une capitulation, ni une trahison des principes du droit international et de la Charte des Nations unies que sont la souveraineté et l’intégrité territoriale des États.

Nous voulons une paix juste et durable, avec des garanties de sécurité robustes.  

C'est pour les apporter que la Coalition des volontaires pour l’Ukraine a été formée sous leadership franco-britannique. Elle n’a cessé de se renforcer pour réunir 35 pays. 35 pays qui ont défilé, sur les Champs-Élysées, pour notre fête nationale, aux côtés de soldats ukrainiens. En frères et sœurs d’armes.

Notre objectif est clair : aujourd'hui, défendre l’Ukraine ; demain, lui permettre d’accomplir son destin européen et euro-atlantique.

Cher Ruslan, comme lors des précédents G7, tu es ici chez toi. Et je suis fière de pouvoir te dire, ici, au cœur de l'Assemblée nationale : Slava Ukraini.

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Chers collègues, Mesdames, Messieurs,

Cette exigence de paix, de justice et de stabilité, nous la portons également face à l'autre grand foyer de crise mondiale : au Moyen-Orient.

En Iran, alors que les frappes ont repris, la France et ses alliés continuent d’appeler à la désescalade et à la conclusion d’un accord diplomatique solide, durable et global.

Nos lignes communes sont connues : l’Iran ne doit jamais obtenir l’arme nucléaire ; la fuite en avant de son programme balistique doit s’arrêter ; et la liberté de navigation en mer Rouge doit être respectée.

Mais parler de l’Iran, c'est aussi parler des Iraniens, qui depuis 1979, survivent sous le régime des mollahs. Un régime de terreur pour les opposants. Pour les femmes. C’est pour ces femmes iraniennes que les députés de l'Assemblée nationale ont adopté, à l’unanimité, une résolution condamnant cette terreur d'État. Et c'est en leur honneur que j’ai fait installer, à l’hôtel de Lassay, un buste de Mahsa Amini — tuée, il y a presque quatre ans jour pour jour, pour quelques mèches de cheveux.

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Au-delà de l’Iran, c’est toute la stabilité de la région moyen et proche-orientale qui préoccupe nos démocraties.

Au Proche-Orient, nous appelons de nos vœux un Liban pleinement souverain, prospère, disposant du monopole des armes. Ce qui suppose le désarmement du Hezbollah. Ce qui suppose aussi le retrait d'Israël.  

À Gaza, le plan de paix doit être mis en œuvre par toutes les parties. Les restrictions à l’aide humanitaire doivent être levées. Dans le même temps, le processus de désarmement du Hamas doit être effectif pour laisser place à la reconstruction.

Enfin, en Cisjordanie, nous condamnons la colonisation illégale qui se poursuit. Nous appelons à mettre un terme immédiat aux violences inacceptables visant les populations civiles.  

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Parallèlement à ces guerres conventionnelles, nos démocraties libérales sont aussi percutées par la conflictualisation de l’ordre international.

Celle-ci se traduit par la montée de l’unilatéralisme. Par la remise en cause du droit international. Par des velléités d’annexion et des guerres commerciales, menées parfois par nos vieux alliés.

Elle prend aussi le visage des guerres hybrides : incursions de drones sur nos territoires – et chère Julia, je t’exprime notre solidarité après le grave incident de Leipzig ; cyberattaques ; ingérences informationnelles qui polarisent et manipulent le débat politique, alors même que des échéances électorales majeures se profilent.

J’ai conscience que le contexte politique de mon propre pays, avec l’élection présidentielle et la période budgétaire délicate qui s'ouvre, suscite interrogations et inquiétudes chez nos partenaires.

C'est précisément parce que la stabilité de nos démocraties libérales est testée de toutes parts qu'il est urgent de faire bloc sur nos principes fondamentaux. De nous unir pour toujours mieux défendre les valeurs libérales, les valeurs des Lumières, qui nous unissent depuis plus de deux cents ans.

Dès lors, face aux anti-Lumières, face aux extrémismes et populismes, nos Parlements doivent assumer, plus que jamais, leur rôle de contre-pouvoir. De garde-fous indispensables.

Depuis plus de quatre ans que je préside l’Assemblée nationale, je m’efforce de tenir ce cap de stabilité et de continuité institutionnelle.

Oui, la présidence de l'Assemblée nationale se doit d’être, tout à la fois, un facteur d’équilibre, une vigie de l’État de droit, et un bouclier contre les dérives extrémistes. C’est cette exigence que je porterai toujours.

Chers collègues, Mesdames, Messieurs,

Dans ce tableau géopolitique que nous avons dressé, nous pouvons tout de même avoir un espoir.

Cet espoir, c'est celui que nous incarnons aujourd'hui. Celui du dialogue. Celui du multilatéralisme. Celui de la coopération interparlementaire.

Cet espoir, c'est celui que je ressens quand je vous vois tous ici réunis, Présidentes, Présidents et membres des Parlements du G7, déterminés à forger de nouvelles solutions face aux défis globaux ;

Quand je vois les succès que nous obtenons en format G7, comme au Sommet d'Évian sous présidence française, en juin, lorsque nos États se sont mis d’accord pour accroître l’aide militaire à l’Ukraine, résoudre les déséquilibres macroéconomiques, ou mobiliser de nouveaux financements pour la santé mondiale.

Quand je vois les victoires que le multilatéralisme arrache encore, malgré les vents contraires — que l’on songe au traité sur la prévention des pandémies signé l’an dernier à Genève sous l’égide de l’OMS, ou au traité sur la haute mer, conclu à Nice ;

Quand je considère cette force d'action collective, alors oui, nous avons de profonds motifs d’espoir. L’espoir de faire réussir le dialogue, la coopération, le multilatéralisme.

Ce multilatéralisme que nous faisons vivre, nous ne le défendons d’ailleurs pas seulement par idéalisme. Nous le défendons par réalisme.

Parce les défis planétaires sont communs, nos réponses doivent être communes. Concertées. Et donc résolument multilatérales.

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C’est sous ces auspices que nous plaçons ce Sommet du G7 parlementaire.

C'est un rendez-vous devenu incontournable pour marquer notre rentrée politique. En cinq ans, je n'ai d'ailleurs jamais manqué une seule de nos rencontres. Parce que j'y mesure, concrètement, la force d'un outil politique majeur et que nous incarnons ce jour : la diplomatie parlementaire.

Lors de mes quatre précédents G7, lors de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie tenue ici même l’an dernier, comme lors de mes déplacements en Ukraine, en Moldavie, en Arménie, en Côte d’Ivoire, au Maroc, en Chine, partout, j'ai constaté que ce canal de "Parlement à Parlement", de peuple à peuple, offrait une agilité, une complémentarité et une liberté de ton irremplaçables.

Notre action crée des ponts là où la diplomatie des exécutifs se heurte parfois à des murs. Pour paraphraser Jean Monnet, l'un des pères fondateurs de l'Europe : « Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes. » Et j'ajouterai : des femmes.

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C'est cette ambition politique, ancrée dans l'actualité, qui irriguera nos travaux.

Comme vous ces dernières années, chers collègues, je me suis attachée à choisir des thématiques de travail qui ont un point commun : celui de mettre à mal nos démocraties libérales. Des défis que nous avons choisis précisément parce qu'ils impliquent au premier chef le rôle de nos Parlements.

Le premier thème porte sur la démocratie vivante, la confiance et la participation citoyenne. Regardons la réalité en face : nos démocraties traversent une crise de confiance profonde. Chute de la participation, essor des populismes, discrédit de la parole publique. Face à ce désenchantement, il nous faut ouvrir nos portes, réduire la fracture entre nos institutions et les peuples que nous représentons, et créer un véritable continuum entre démocratie représentative et participative

Le deuxième thème interroge le rôle de nos Parlements dans le contrôle de la politique étrangère et de défense. À l'heure des crises globales, la politique internationale est devenue notre politique intérieure. Les conséquences des guerres percutent le quotidien, le pouvoir d'achat de nos concitoyens. Nos Parlements doivent donc assumer un rôle plus important dans l’évaluation et le contrôle de ces décisions géostratégiques.

Enfin, le troisième thème concerne l'Intelligence Artificielle. Cette rupture technologique, presque anthropologique, constitue certes une opportunité formidable pour moderniser notre travail parlementaire. Mais elle porte un double risque démocratique : celui de déshumaniser la décision politique et celui de nourrir une désinformation qui pourrait vicier notre débat public.

Sur tous ces sujets majeurs, nos différentes tables rondes permettront d’échanger nos bonnes pratiques, de croiser nos expertises, et de trouver des pistes d’action. Et je me réjouis que nous puissions, à l’issue, adopter une déclaration commune qui marquera notre unité et notre détermination à agir sur tous ces sujets.

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Chers collègues, Mesdames, Messieurs,

Le monde bascule. Nos valeurs fondamentales sont ciblées, contestées, bafouées.

Dans cette ère de prédateurs marquée par le recours décomplexé à la force, nous, Présidentes et Présidents d’Assemblée du G7, portons une responsabilité impérieuse.  

Nous sommes les représentants légitimes de nos peuples.

À nous d’imposer leur voix dans le concert mondial.

À nous de peser, toujours davantage, sur les grandes décisions géostratégiques.

À nous de faire vivre une véritable diplomatie parlementaire de combat. Un combat pour le droit. Un combat pour la paix. Un combat pour la liberté des peuples. Ces idéaux qui constituent le socle de nos démocraties.

Au fond, lors de ce Sommet parlementaire, je vous propose d’être des passeurs et des bâtisseurs.

Passeurs d’expériences, d'abord. Pour croiser nos pratiques, bousculer nos certitudes, et améliorer sans cesse la qualité de nos travaux parlementaires.

Bâtisseurs de coopérations, ensuite. Pour forger des coopérations concrètes et apporter des réponses tangibles aux immenses attentes de nos concitoyens.

Les défis sont immenses ? Oui.

Les tempêtes géopolitiques exigent une audace à toute épreuve ? Absolument.

Les périls sont redoutables ? Sans aucun doute.

Cependant, pour reprendre les mots du grand dissident et président tchèque Václav Havel, qui fit tant pour la liberté de l’Europe :

« L’espoir est un état d'esprit. C'est une orientation de l'esprit et du cœur. [...] Ce n'est pas la conviction qu'une chose aura une issue favorable, mais la certitude que cette chose a un sens, quoi qu'il advienne. »

Cet espoir nous oblige. C'est en son nom, et au nom de la voix des peuples que nous portons, que je déclare solennellement ouvert ce Sommet du G7 parlementaire.

Et j’ai désormais le plaisir de céder la parole à la Présidente du Parlement européen, chère Roberta Metsola.

 

  

 

 

 

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