Hommage aux soldats et députés morts pour la France, Ossuaire de Douaumont (Meuse)

Vendredi 19 juin

Ossuaire de Douaumont (Meuse)

SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI

Madame la préfète de la Meuse,

Général, Monsieur le gouverneur militaire de Metz,

Mesdames et Messieurs les maires et élus,

Mesdames, Messieurs, en vos grades et qualités,

Chers cadets de la gendarmerie,

Chers jeunes,

Mesdames, Messieurs,

Écoutez.

Écoutez ce silence.

Aujourd’hui, cette terre de Meuse, les hauteurs de Douaumont, la nécropole, nous semblent apaisées.

Calmes.

Tranquilles.

Presque bucoliques.

Et pourtant.

Imaginez-vous.

Imaginez-vous qu'il y a 110 ans, ici même, un déluge inouï de fer, de sang et de feu s’abattait sur plus de deux millions de combattants.

Oui, c'est ici, à Verdun, que des jeunes gens — qui avaient presque votre âge, chers cadets de la gendarmerie — ont vécu l’enfer.

L’enfer de Verdun.

Verdun : un nom même devenu synonyme de guerre et de souffrances.

En 300 jours, plus de 60 millions d'obus ont labouré, broyé, pulvérisé ces champs de bataille, devenus champs de ruines. Plus de 300 000 soldats, Français et Allemands, y ont péri.

Ici, dans cet Ossuaire, répartis dans 46 caveaux de granit, nous entourent les restes d'environ 130 000 soldats, Français et Allemands, entremêlés pour l’éternité.

Et parmi eux : combien de frères ? Combien d’époux ? Combien de jeunes pères ?

L’horreur fut incommensurable.

La bravoure des soldats aussi.

Et notamment celle du lieutenant-colonel Émile Driant.

Dans sa lettre d’adieu à son épouse, il écrivit ceci : « Comme on se sent peu de choses à ces heures-là. »

**

Émile Driant n'était pas seulement un vaillant soldat.

Il était aussi un représentant de la Nation.

Le député de ma ville natale, Nancy.    

En 1914, 190 députés, un sur trois, étaient mobilisables. Une immense majorité rejoignit le front, devenant fantassins, artilleurs, aviateurs, cavaliers, officiers. Soldats.

Comme Émile Driant, quinze députés et un sénateur sont morts pour la France. Quatre sont morts ou inhumés dans cette nécropole ou non loin.

Aujourd'hui encore, dans l’hémicycle de l'Assemblée nationale, des plaques commémoratives rappellent la mémoire de ces députés tombés pour leur patrie. Je veux leur rendre hommage aujourd'hui.

Et de la même manière que nos députés représentent la Nation tout entière, la bataille de Verdun incarna la bataille de France.

Près de 80 % des régiments « ont fait Verdun », comme on disait alors. Presque chaque famille, chaque commune de France compte un aïeul ayant traversé ce brasier.

Verdun est ainsi devenu, dans la chair de notre pays, le symbole même de la Grande Guerre.

**

Mais Verdun est devenu bien plus encore.

En 1987, l’Organisation des Nations Unies a désigné votre ville, Verdun, comme Capitale mondiale de la Paix.

Verdun, « capitale mondiale de la paix » ?

Vraiment ?

Ce n'est pas un paradoxe. C’était une nécessité.

Celle de rappeler l’impératif de réconciliation entre nos nations européennes, si souvent, si violemment déchirées.

C’est ainsi très symboliquement, au seuil de cet Ossuaire, qu’en 1984, le Président français François Mitterrand et le Chancelier allemand Helmut Kohl se sont tenu la main.

Un geste historique. Le symbole vivant, puissant, vertigineux, d'une fraternité retrouvée entre deux nations qui s’étaient par trois fois déchirées, en 1870, 1914, et 1939.

Alors quand on vous dit, chers jeunes, que la politique ne sert à rien et qu’il ne faut plus y croire. Quand on vous dit qu'il est vain de s’engager.

Repensez à cette poignée de main ! Repensez à notre histoire.

La politique, c'est aussi cela : la réconciliation. La paix. La diplomatie. L’Europe.

**

Et comme 4e personnage de l’État, je prends toute ma part à cet engagement.

Vous me connaissez sûrement comme Présidente de l'Assemblée nationale.

Mais je suis aussi la coprésidente de l’Assemblée parlementaire franco-allemande. Une instance unique au monde où des députés de France et d’Allemagne siègent ensemble, côte à côte. Cela nous parait presque normal, banal aujourd'hui ; mais avec le recul de l’histoire, ce symbole est singulièrement émouvant.

Ce lundi, à Paris, devant les députés français et allemands, je parlerai donc de vous. Je me souviendrai de ce que j’ai vu ici à Verdun. Je dirai que c'est en foulant cette terre meurtrie, que l'on mesure plus que jamais le poids de l’histoire et la nécessité de s’engager.

**

Alors bien sûr, j’entends ceux qui nous disent :

« Après tout, la Grande Guerre, c’est du passé. »

« Tout cela, c'est loin… »

« Le dernier Poilu, Lazare Ponticelli, s’est éteint en 2008, on peut passer à autre chose. »

Et pourtant la guerre, aujourd'hui, a ressurgi en Europe.

Et pourtant, en 2026 comme en 1913, les nationalismes fleurissent.

Et pourtant les ennemis de la démocratie se réarment.

Vous connaissez peut-être cette maxime que l’on prête à Winston Churchill : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. »

C'est pourquoi 1916 fait écho à 2026.

C'est pourquoi les morts de Verdun nous parlent.

C’est pourquoi cet ossuaire, comme cette mer de croix blanches, ce n'est pas seulement un cimetière.

C'est une injonction à se souvenir. À s’engager.

**

C'est tout le sens de la société de l'engagement, pour la mémoire, pour la République, pour l’avenir que nous voulons bâtir pour notre pays.

Nous avons tous, chacun à notre place, et quel que soit notre âge, un rôle à jouer pour l’avenir de notre Nation. Pour le bien commun.

Et c'est ce que vous prouvez aujourd'hui, par votre présence et votre engagement.

Je vous félicite, chers jeunes stagiaires et cadets de la gendarmerie. Vous apprenez le sens du devoir. Vous vous engagez pour la République, pour notre sécurité, avec la même abnégation que vos aînés. La Représentation nationale est aussi fière de vous.

Je le crois profondément : chacun d’entre nous a ce pouvoir, ce devoir, de l'engagement, pour faire vivre nos valeurs, celles de la République française.

Ne l’oubliez jamais : vous êtes les héritiers d’une histoire de triomphes et de tourments, de victoires et de drames. Cette histoire – l’histoire de France – est loin d’être finie. Et ce sera à vous d’en écrire les futures pages.

Tel est le message que j’étais venue vous délivrer ce jour.

Tel était aussi le message d’un ancien soldat qui avait fait Verdun : le général de Gaulle.

Ici même, en 1966, dans un grand discours marquant le cinquantenaire de la bataille, il retenait trois leçons fondamentales de Verdun :

« La solidarité et l'union du peuple sans lesquelles la Nation n'est rien ;

La réconciliation franco-allemande, seule garantie de la paix en Europe ;

La vocation naturelle de la France : aider à l'équilibre, à la paix et à la sécurité du monde. »

Soyons fidèles à ce testament. Engageons-nous.

Pour la paix. Pour l'Europe. Et pour la France.

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