Ouverture de la séance plénière de l'APFA 2026

Lundi 22 juin

Assemblée nationale

SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI

Madame la Présidente du Bundestag, chère Julia Klöckner,

Mesdames les ministres,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Monsieur l’Ambassadeur,

Mesdames et Messieurs,

C'est avec une joie sincère, et une émotion toujours renouvelée, que je déclare ouverte cette session plénière de l'Assemblée parlementaire franco-allemande.

C'est déjà, pour moi, la sixième « APFA » que j'ai l'honneur de coprésider.

Je me souviens encore de ma première plénière, en 2022, au Bundestag.

J’avais ressenti une émotion que j’éprouve encore aujourd'hui : voir ainsi les parlementaires français et allemands siéger côte à côte, confronter fraternellement leurs idées, constitue une immense réussite au regard de notre histoire collective fracturée par les deuils et les drames.

Au-delà du symbole, c'est l'efficacité et l’ampleur croissantes de nos travaux que je tiens à saluer. Car depuis 2022, le constat est sans appel : notre Assemblée est montée en puissance.

Malgré une pandémie et deux dissolutions - une sur chaque rive du Rhin ! —, nous avons su faire mûrir et grandir notre Assemblée commune, qui s’est imposée dans nos calendriers démocratiques respectifs.  

Concrètement, les parlementaires s’en approprient de plus en plus le potentiel. J’en veux pour preuve cette statistique : à l'automne 2022, nous examinions 3 propositions. Aujourd'hui, nous allons en examiner 12, un record absolu.

Cette appropriation s'est aussi traduite par des innovations, comme les « missions flash ». Nous examinerons justement, durant cette plénière, le rapport de la mission flash de Jeanne Dillschneider et Frédéric Petit sur un pilier de notre avenir : l’apprentissage de la langue du partenaire.

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Si notre Assemblée connaît un tel essor, c'est grâce à l'implication de chacun d'entre vous – grâce à ton engagement résolu, chère Julia, et grâce à nos vice-présidents de talent, chère Brigitte Klinkert, chers Yannick Bury et vos prédécesseurs : Nils Schmidt et Andreas Jung. C'est aussi le signe que le besoin de nous parler et d'agir ensemble n'a jamais été aussi impérieux.

Mais c'est aussi, hélas, le reflet tragique d'un monde instable qui se disloque. Un monde dans lequel la coopération franco-allemande est non seulement cruciale, mais encore vitale.

Aux périls politiques, marqués par la polarisation du débat public et la montée des extrêmes, s’ajoutent des défis économiques colossaux. En effet, nos modèles de protection sociale et de croissance sont percutés par les déficits budgétaires, la révolution de l’IA, ou le dérèglement climatique.

À ce tournant de l'Histoire, l’Europe doit être une force de stabilité et de sécurité. C’est pourquoi l'heure d'une Europe-puissance, souveraine, indépendante, et garante de ses frontières, a plus que jamais sonné.

Et pour construire cette Europe-puissance, nous avons le couple franco-allemand et les coopérations fortes, robustes et convergentes que nous développons.

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Sur le plan diplomatique tout d’abord, nos deux pays se retrouvent pour défendre résolument la paix, le droit international et la sécurité de l’Europe.

C'est le cœur de notre engagement pour l’Ukraine. Aujourd'hui, alors que l’agresseur russe recule, alors qu'il tente des attaques aussi révoltantes que désespérées contre le patrimoine mondial ukrainien, nous continuons d’exiger une paix juste, durable, fondée sur le droit international. Car c'est l'Ukraine, et elle seule, qui décidera de son avenir et de son intégrité territoriale. Dans le cadre d’un futur accord de paix, nous devrons aussi lui apporter des garanties de sécurité robustes, soutenues par les États-Unis et la Coalition des Volontaires.

En septembre, le sommet parlementaire du G7, que j’aurai le plaisir d’accueillir ici-même, nous permettra de réitérer notre appui sans faille à l’Ukraine, en présence de Rouslan Stefantchouk, président de la Rada. Chère Julia, nous nous sommes rendues toutes les deux à Kiev, et je sais combien ce soutien te tient aussi à cœur.

Chers collègues, au Moyen-Orient, sur un autre terrain de crise majeure, les efforts doivent également se poursuivre pour que la paix et la stabilité puissent durablement prévaloir, dans le respect du droit international et au profit des populations civiles durement frappées.

Comme l’a illustré le sommet du G7 à Évian, la France et l’Allemagne, aux côtés de leurs partenaires européens et américains, sont prêts à jouer un rôle, notamment pour la sécurisation du détroit d’Ormuz et pour négocier un accord complet et robuste sur le programme nucléaire et balistique de l’Iran.

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Chers collègues, de l’Europe de l’Est au Proche-Orient, la multiplication de ces crises a conduit nos deux pays à assumer leurs responsabilités, à travers une augmentation historique de leurs budgets de défense.

Le retour des conflits de haute intensité, de même que les incertitudes concernant nos alliés de longue date, nous ont également rappelé cette évidence : construire l’Europe de la défense est une nécessité.

Sur ce sujet central, l’échec du programme du Système de Combat Aérien du Futur – le SCAF -, que nous ne pouvons que déplorer, ne doit pas marquer un coup d’arrêt à notre coopération. Nous devons au contraire en tirer les leçons pour l’avenir, afin de construire de nouvelles coopérations franco-allemandes ambitieuses pour notre défense commune – et celle du continent.

Et pour ce faire, des rendez-vous cruciaux nous attendent prochainement, avec le Conseil des ministres franco-allemand du mois prochain en Allemagne et le Conseil franco-allemand de Défense et de Sécurité.

Nous avons des raisons d’être optimistes. J’en veux pour preuve cette percée historique et récente qu'ont réussie nos deux pays sur la dissuasion nucléaire. En instaurant un groupe de pilotage de haut niveau et en ouvrant la voie à la participation allemande aux exercices nucléaires français, nous concrétisons l'article 4 du Traité d'Aix-la-Chapelle et levons un tabou vieux de plusieurs décennies.

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Chers collègues, vigoureuse sur les plans militaire et diplomatique, notre coopération avance aussi sur d'autres fronts.

Sur les plans écologique et énergétique, avec le projet « H2Med » pour acheminer l’hydrogène décarboné de la péninsule ibérique vers l’Allemagne, via la France.

Sur le plan du numérique, avec le sommet franco-allemand qui a acté plus de 12 milliards d'euros d'investissements dans l’IA.

Pour renforcer l’Europe de l’espace, avec le sommet international spatial de Paris en septembre.

Ou encore pour mieux lutter contre la désinformation à la veille d’échéances électorales cruciales.

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Transformer l’ambition du partenariat franco-allemand en actions : c'est tout l’objet de cette plénière.

Pour cela, les textes que nous examinerons porteront sur des sujets ancrés dans le quotidien de nos citoyens : le numérique, l’énergie, l’écologie, la protection des mineurs face aux réseaux sociaux, la sécurité de nos frontières.

L’un de nos fils rouges portera également sur un thème qui m’est cher : la jeunesse et la vie associative, ce que je nomme la société de l'engagement.

Nous auditionnerons ainsi Mme Marina Ferrari, ministre française des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, et Mme Karin Prien, ministre fédérale de l’Éducation, de la Famille, des Personnes âgées, de la Femme et de la Jeunesse, que je remercie.

Nous en sommes tous convaincus : l'engagement civique est la clé de voûte de notre avenir commun. Un avenir qui se construit par et pour la jeunesse, par des projets associatifs concrets. Et nous en verrons une magnifique illustration, cet après-midi, en visitant la Maison de l'Allemagne à la Cité Universitaire de Paris.

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Mesdames et messieurs, chers collègues, la grande majorité des groupes politiques, français comme allemands, s’est associée à la rédaction de nos propositions de texte. Cela prouve que notre Assemblée s’affirme comme le creuset de la diplomatie parlementaire et de l'initiative transpartisane.

Notre mission d'évaluation et de contrôle se renforce elle aussi, donnant naissance à une sorte « d’APFA en continu ». Après les auditions, en janvier, de nos ministres de l'Europe respectifs, Benjamin Haddad et Gunther Krichbaum, nous avons également tenu une audition, il y a 10 jours, de nos ministres des transports, MM. Philippe Tabarot et Patrick Schnieder.

Pour assurer un meilleur suivi de nos travaux, les auditions ministérielles régulières, la saisine de nos commissions compétentes et l’organisation des missions flash vont dans la bonne direction. Et pour aller plus loin, je me propose, chère Julia, à l’issue de cette plénière, de saisir à nouveau le Ministre des Affaires étrangères des principaux textes adoptés en amont du prochain Conseil des ministres franco-allemand.

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Mesdames et messieurs, chers collègues, je ne saurais conclure sans adresser mes vifs remerciements à ceux qui font battre le cœur de cette magnifique institution.

Chère Julia, tu as choisi Paris pour ta première visite officielle. Je suis ravie de t’accueillir de nouveau pour amplifier notre coopération. Et merci à vous tous, présidents, membres des groupes d’amitié et des commissions, pour votre action au quotidien.

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Mesdames et messieurs, chers collègues, cet après-midi, nous irons visiter, au Mémorial de la Shoah, l’exposition consacrée aux sœurs de Simone Veil.

En 1979, celle qui devint la première Présidente du Parlement européen élue au suffrage universel, s’adressa aux eurodéputés en ces termes.

Tendez bien l’oreille : car ses mots semblent avoir été écrits pour notre Assemblée et pour le contexte actuel. Je cite Simone Veil :

« (…) Notre Assemblée est dépositaire de la responsabilité fondamentale de maintenir, quelles que soient nos divergences, cette paix qui est probablement, pour tous les Européens, le bien le plus précieux. Cette responsabilité, les tensions qui règnent dans le monde d’aujourd’hui la rendent plus lourde [que jamais]. »

 Ces lourdes « responsabilités », je me réjouis de continuer à les approfondir à vos côtés.

Je vous dis donc non seulement Vielen Dank, mais aussi Bis bald.

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