Ouverture de la cérémonie de remise de la deuxième édition du Prix du court-métrage politique de l’Assemblée nationale

Lundi 31 mars

Mesdames et messieurs les membres du Bureau,

Mesdames et messieurs les députés,

Mesdames et messieurs les membres du jury,

Mesdames, messieurs,


« On m’a demandé souvent pourquoi j’avais choisi une carrière si peu féminine. Or, je n’ai pas choisi cette carrière. Ma destinée était tracée sans doute avant ma naissance […]. »

Rassurez-vous : ces mots ne sont pas les miens.

Ils sont ceux d’Alice Guy, une pionnière et visionnaire du cinéma.

En 1896, c’est elle qui réalisa un des tout premiers films de fiction de l’histoire, La Fée aux Choux. Il s’agissait, déjà, d’un court-métrage – et même d’un très court-métrage, puisqu'il durait 51 secondes.
 
Au cours de sa carrière monumentale, Alice Guy tourna plus de 600 films. 

Mais son œuvre sombra dans l’oubli. Comme tant d’autres femmes, elle fut ignorée, sous-estimée, méprisée. Son nom fut coupé au montage de l’histoire et rayé du générique.

Pour survivre, elle dut même signer des articles sous un pseudonyme masculin : Antoine Guy.

J’ai donc été fière que l'Assemblée nationale rende hommage – et justice - à la mémoire d’Alice Guy, en accueillant sa statue dorée, de septembre à mars dernier, dans notre Cour d’honneur.

Aujourd’hui, j’aime à penser que ce Prix se tient sous son haut patronage.

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Cette année, nous nous montrons dignes de son héritage : car pour la première fois, notre jury est composé à majorité de femmes (7 femmes pour 5 hommes), comme un beau contrechamp à l’histoire masculine du 7e art. 


Je tiens à remercier les membres de notre jury engagé et exigeant :

•    Fatiha Keloua-Hachi, présidente de la commission des affaires culturelles et de l’éducation ; 

•    Les députés Virginie Duby-Muller, Christophe Marion, Sophie Mette et Jérôme Guedj, qui ont posé un double regard très précieux, celui du politique et celui du cinéphile, sur nos films en compétition. 

Je remercie aussi les professionnels du cinéma de notre jury :

•    Les réalisateurs, scénaristes, auteurs Sylvain Desclous, Radu Mihaileanu, ainsi que David Arslanian, lauréat du Prix du court métrage politique de l’Assemblée nationale en 2024.

•    Julie Gayet, actrice, productrice et réalisatrice,

•    Ainsi que Daniela Elstner, directrice générale d’UniFrance qui fait rayonner notre cinéma français à l’international, et Marie Masmonteil, productrice qui, dans une autre vie, a bien connu l’administration et la politique.

Sur les 81 candidatures que nous avons reçues, vous avez dû mener à bien un montage serré et cornélien, en élisant notre grand vainqueur parmi les 10 finalistes.

10 finalistes qui mettent à l’honneur – et je m’en réjouis – autant de talents masculins que féminins.  


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Très divers autant par leur durée – de 2 à 25 minutes – que par leurs thèmes, ces courts-métrages ont pourtant un point commun : tous, à leur manière, filment notre époque en plan rapproché. 

Ils captent les fractures de nos sociétés, nous parlent de précarité, d’exil, de services publics, des médias, d’écologie… Soit autant de défis, de débats, de dilemmes démocratiques qui se tranchent à quelques pas d’ici, dans notre hémicycle.

Parfois, la tonalité des films se fait plus grave :

- Warning dénonce le trafic d’êtres humains par les passeurs ; 

- Avec l’humanité qui convient peint un tableau poignant de la détresse sociale mais aussi du dévouement de nos agents publics ;

- The champ interroge la transmission père-fille dans un contexte dramatique d’exil et de migrations ;

- Le point de reprise jette une lumière crue sur le monde du travail, entre compétition et solidarité ;

- Fille fleur est un film d’animation qui s’empare d’un sujet difficile, la prostitution, mais d’une manière métaphorique et poétique ;

- Et Papillon, autre court-métrage d’animation, rend hommage, avec finesse et émotion, au nageur Alfred Nakache, multiple champion de France de natation et survivant d’Auschwitz.

D’autres films, plus caustiques et satiriques, manient le rire comme un miroir grossissant des travers de notre société :

- À l’unisson est un très-court métrage sans concession, mais pas sans humour, sur les dérives de la com’ politique ;

- Le dérapage raille la dictature des petites phrases et des grands emballements médiatiques ;

- L’Animal sauce ail nous transporte à Perpète-les-Oies pour mieux dénoncer, sur un ton décalé et déjanté, la surexploitation des ressources ;

- Enfin, Gros lapin, qui met en scène la vie d’un assistant parlementaire, raconte la fragilité d’une amitié d’enfance face aux vicissitudes de la politique.

Dix films, dix regards, dix récits qui font de la fiction un geste politique.

« Tout est politique » disait-on en mai 68. Le court-métrage, lui aussi, est profondément politique dans son essence. 

Dans les deux cas, il faut éviter de surjouer et ne pas trop rater son entrée en scène, car chaque mot, chaque seconde comptent. 

Dans les deux cas encore, ce n'est pas l’idée originale qui compte, mais la réalisation.

Et en cinéma comme en politique, les rebondissements sont parfois quasi-permanents, comme dans un véritable thriller.

Il était donc naturel que ce Prix se tienne ici, dans les murs de la représentation nationale, pour tout à la fois donner :

   un coup de projecteur sur les talents émergents,

   un coup de pouce à la création française,

   et un coup de chapeau à votre audace et votre inventivité,

Plus largement, ce Prix s’inscrit dans une politique que je porte avec ambition et conviction : celle de l’ouverture de l’Assemblée nationale.

Ouverture aux arts et aux artistes.

Ouverture à l’imaginaire, au rêve, à la liberté.

Ouverture à la création contemporaine.

Pour faire de notre Parlement non seulement la maison de la loi et du peuple, mais aussi celle de la culture vivante.

Cette politique d’ouverture culturelle, je suis fière de l’avoir engagée et portée à une échelle jamais atteinte à l'Assemblée nationale :

Avec la création des « badges artistes », pour permettre à des dessinateurs de venir croquer, en direct, nos députés et ministres depuis les tribunes de l’hémicycle.

Avec l’accueil d’œuvres d’art contemporaines — et j’aurai ainsi le plaisir d’inaugurer, demain, l’installation colorée d’Elsa Tomkowiak, Écho, qui projettera une cascade de lumière sur notre Colonnade.

Avec enfin des projections de films, dont le mois dernier Le Dernier Souffle, ce récit poignant de Costa-Gavras sur la fin de vie.

Et je conclurai justement par une phrase du grand Costa-Gavras, qui me semble parfaitement incarner l’esprit de ce Prix : « Vous ne pouvez changer la vision politique des gens avec un film », disait-il, « mais vous pouvez au moins engendrer une discussion politique ».

Nourrir le débat par le cinéma : telle est bien la vocation de ce Prix.  Je suis donc fière qu'il se tienne au cœur de notre démocratie.

Avant de donner la parole à Julie Gayet, qui dévoilera notre lauréat, et à Christophe Marion pour la remise de la mention spéciale, je vous propose de visionner de courts extraits des dix films finalistes.

Merci et bonne petite séance à tous.
 

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