Mardi 25 novembre 2025
Discours
Discours
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Mardi 16 juin
Colonnade de l'Assemblée nationale
Seul le prononcé fait foi
Mesdames et messieurs les membres du Bureau,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le Président de LCP,
Cher Seth, chers artistes,
Mesdames, Messieurs,
« Je possède un portrait vivant.
Le portrait de celle que j’aime
À son front aux nobles contours,
Sans diadème,
Rayonne la grandeur suprême,
C’est Marianne mes amours. »
C'est par ce poème républicain de 1851 que le Président Jean-Louis Debré conclut l’entrée « Marianne » de son Dictionnaire Amoureux de la République.
Mon prédécesseur aimait Marianne — viscéralement, passionnément. C’est pourquoi, en mars dernier, au premier anniversaire de sa disparition, nous avions imaginé un « parcours Marianne » exposant sa collection de bustes au cœur de l'Assemblée nationale.
C'est aussi au Président Debré que nous devions les dernières expositions sur notre Colonnade. Encore et toujours, Marianne y trônait avec majesté.
Plus de vingt ans après, nous renouons fièrement avec cette tradition. Ici, sur ces colonnes qui incarnent la solidité de nos institutions républicaines, éclot une Marianne nouvelle. Moderne. Contemporaine. Féminine. Et pour la première fois : enfantine.
Ce visage deviné d’enfant pour éclairer notre présent, nous vous le devons, cher Seth. Vous êtes vous-même un grand enfant de l’art urbain XXL ; mais vous êtes, avant tout, un artiste humaniste engagé, un « globepainter » dont les fresques colorées parsèment les murs du monde entier : d’Haïti à Madagascar, en passant par l’Ukraine, la Palestine, le Pakistan ou la Chine.
On pense aussi, bien sûr, à cette fillette aux couleurs ciel et or de l’Ukraine, que vous avez peinte sur un mur du 13ème arrondissement de Paris seulement deux jours après l’invasion russe. Cette image a fait le tour du monde, devenant un symbole du courage et de la détermination du peuple ukrainien.
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Votre nouvelle œuvre, que nous avons l’immense plaisir d’accueillir, s'intitule donc Marianne rêve. Sans doute parce que la République, tout comme l'Assemblée nationale, ont longtemps rêvé de Marianne.
Aujourd'hui, Marianne nous semble une évidence. Elle orne nos mairies, nos institutions, nos timbres. Ses bustes et allégories veillent, silencieux, sur notre triptyque : Liberté, Égalité, Fraternité.
Pourtant, Marianne est le fruit d'une âpre conquête.
« Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent », écrivait Victor Hugo. Et Marianne, cette allégorie frondeuse et fondatrice, fut toujours aux côtés de ceux qui luttent !
Fille des Révolutionnaires de 1792, mot de passe des sociétés secrètes républicaines, elle incarna la résistance républicaine sous la Restauration, les Empires, Vichy, qui tentèrent de l’effacer. De l'interdire. De la censurer.
Cependant, comme la République, Marianne a plié, mais n’a pas rompu. Elle a tenu. Elle est revenue.
Depuis deux siècles, elle prit des visages multiples. Elle fut à bonnet phrygien ou à poitrine dénudée. Elle fut Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Simone Veil, Joséphine Baker, Inna Shevchenko. Elle fut noire, blanche, métisse.
En 2003, le Président Debré avait justement mis ici-même à l’honneur cette diversité, avec l’exposition de portraits géants des « Mariannes d’aujourd'hui », déclarant alors, je le cite : « Marianne, c'est un peu chacun d'entre nous. C'est une communauté de destins divers, un rêve d'avenir partagé. »
Marianne, c’est aussi le refus farouche de laisser l’Histoire s’écrire uniquement au masculin. C’est l’émancipation faite femme. Et c'est pour nous rappeler que cette liberté est universelle que nous avons installé, à l’Hôtel de Lassay, un buste de Marianne sous les traits de Mahsa Amini.
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Aujourd'hui, grâce à votre talent, cher Seth, Marianne continue de se réinventer. À travers votre style saisissant, l'épure enfantine de cette jeune fille percute la gravité de notre architecture minérale et classique. C'est ce contraste qui lui confère à la fois une immense fragilité et une force irréductible.
Si votre Marianne regarde, symboliquement, vers l’Hémicycle, c'est aussi pour nous sommer d'agir. Agir pour les droits de nos enfants. Agir pour leur bien-être. Agir pour l’avenir.
Pour ma part, comme Présidente de l'Assemblée nationale et mère de cinq enfants, j’ai fait de la protection de l’enfance une de mes priorités de mon engagement en politique.
Dès 2022, l'une de mes toutes premières décisions au Perchoir a été ainsi de créer une Délégation aux droits des enfants à l'Assemblée nationale.
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Cependant, la loi seule ne peut pas tout. Pour faire avancer les droits des enfants, pour éveiller les consciences à leur cause, il faut aussi écouter les enfants eux-mêmes. Les faire entrer à l'Assemblée nationale. Pour qu'ils s’approprient nos institutions. Pour qu'ils s’y sentent pleinement à leur place.
C'est tout le sens de notre politique d’ouverture depuis 2022. Et les chiffres parlent : nous avons doublé le nombre de nos visiteurs, et près de 40 % d'entre eux sont des jeunes !
Nous avons également ramené le Parlement des enfants à sa place naturelle : dans l’hémicycle. Au début de ce mois, près de 500 élèves ont ainsi siégé, sur les fauteuils rouges de leurs députés, pour présenter leurs lois visant à protéger les mineurs des dangers des réseaux sociaux.
Mesdames, Messieurs,
Cette volonté farouche d'ouvrir grand les portes de l'Assemblée nationale vers la jeunesse trouve son prolongement naturel dans une autre ouverture : l'ouverture culturelle et artistique.
Ensemble, avec notre Bureau, nous croyons en la puissance de l’art. Pour toujours plus connecter l'Assemblée nationale aux pulsations de notre société ; pour unir le monde de l’art au monde de la cité ; et pour faire dialoguer notre patrimoine historique avec l'art contemporain.
C’est pourquoi, depuis 2022, nous avons mené cette politique d'ouverture culturelle à une échelle jamais atteinte. Avec les badges artistes, avec les Prix du court-métrage et de la photo politique, avec le Week-end du film politique, avec de multiples expositions dans nos murs.
Et bien sûr avec l’accueil, deux fois par an, d’œuvres contemporaines venant nourrir ce dialogue essentiel entre la culture et la démocratie.
Des œuvres rayonnantes et inspirantes, qui nous permettent de soutenir la création française et d’attirer un public plus nombreux. Et votre Marianne, cher Seth, est une invitation, pour le grand public, à franchir le pas et venir découvrir la maison du peuple qu’est l’Assemblée nationale.
Cette tradition remonte d’ailleurs à loin dans notre histoire : dès les années 1830, les questeurs avaient fait appel à un jeune Romantique méconnu pour orner notre Bibliothèque, un certain Eugène Delacroix. Fort heureusement, cher Seth, mesdames les questeurs, nos archives sont formelles : vous avez beaucoup mieux tenu les délais et les budgets que Delacroix en son temps !
Depuis 1989, sous la Présidence de mon prédécesseur – et peintre – Laurent Fabius, cette tradition s’est affirmée : avec la Sphère des droits de l’Homme de Walter de Maria, la rotonde d’Alechinsky, les fresques d’Hervé Di Rosa, le marbre blanc de Maria Papa.
Et c'est cette tradition que nous faisons vivre et vibrer depuis 2022. Avec les oranges et bleus d’Alexandre Benjamin Navet. Avec les fils tricolores de Pier Fabre. Avec C215, cher Christian, et votre Liberté guidant le peuple aux couleurs de l’Ukraine. Avec votre Arbre aux Mille voix, cher Daniel Hourdé. Avec les Vénus olympiques de Laurent Perbos ou les marches arc-en-ciel d’Elsa Tomkowiak qui ornaient, il y a peu, cette colonnade.
Aujourd'hui, cher Seth, vous inscrivez votre nom dans cette lignée prestigieuse, avec votre œuvre tournée vers l’enfance, c'est-à-dire vers l’avenir de notre République.
Cet avenir, nous l'embrassons aujourd'hui pour construire une République fière, debout, qui prend soin de ses enfants. Une République qui regarde l’avenir avec la même détermination, avec le même optimisme, que cette jeune Marianne.
Alors vive l’art contemporain, vive Marianne, vive la République et vive la France !
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