Ouverture de l’événement « 70 ans du Planning familial »
Lundi 28 septembre
Seul le prononcé fait foi
Mesdames les ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Madame la Présidente du Planning familial,
Mesdames et Messieurs les représentants et membres du Planning familial,
Mesdames et Messieurs les dirigeants d’associations,
Mesdames et Messieurs,
« Vous êtes une lutteuse. »
Ces mots magnifiques, empreints de sororité et d’admiration, sont ceux d’une illustre féministe adressés à une autre.
Ce sont les mots de Simone de Beauvoir à la ministre Yvette Roudy.
Aujourd’hui, alors que nous célébrons les 70 ans du Planning familial, et en forme d’hommage à la ministre Yvette Roudy, je voudrais à mon tour reprendre ce mot.
Oui, depuis 70 ans, dans vos centres, dans les établissements scolaires, dans la rue, jusque dans nos institutions, vous êtes des lutteuses et des lutteurs. Vous luttez pour les droits des femmes. Pour les accompagner dans leurs parcours. Pour que la loi devienne une réalité tangible.
C’est d’ailleurs dans la lutte, et même dans la désobéissance, qu'est né le Planning Familial.
En 1956, alors qu'est fondée « La Maternité heureuse », qui deviendra en 1960 le « Mouvement français pour le Planning familial », une vieille loi, une triste loi, une sombre loi, la loi du 31 juillet 1920, votée juste après la Grande Guerre pour soi-disant repeupler la France, interdit encore la propagande anticonceptionnelle.
Alors, dans le silence et dans la clandestinité, des femmes luttent. Elles ouvrent des appartements discrets, elles accompagnent celles qui connaissent une grossesse non désirée, elles défient l’ordre établi.
Puis dans les années 60, elles commencent à ouvrir les premiers centres de soin et d’écoute. Les lutteuses du Planning y donnent leur temps, leur énergie.
Elles sont des hors-la-loi.
Et j’oserai le dire, peut-être paradoxalement en ma qualité de Présidente de l’Assemblée nationale : ces lutteuses avaient raison d’enfreindre la loi, parce que cette loi était inique.
Vous le savez mieux que quiconque : bien souvent,la société est en avance sur la loi. Il appartient alors au législateur, poussé par les citoyens, d'épouser son temps. C’était vrai pour le mariage pour tous. C'était vrai pour la fin de vie. C’était vrai pour la contraception.
Puis, grâce à ce mouvement de fond, le basculement se produit en 1967. Lucien Neuwirth, député gaulliste, porte la loi sur la contraception. À ses côtés, Jacqueline Thome-Patenôtre, ancienne vice-présidente de l’Assemblée nationale, ira jusqu'à multiplier les rappels au règlement, afin d'obtenir l’inscription du texte.
C’est d'ailleurs en son honneur que j’apposerai une plaque commémorative dans l’hémicycle, le 2 février prochain — un rendez-vous auquel je vous convie déjà chaleureusement.
La loi Neuwirth est finalement promulguée le 28 décembre 1967. Mais il faudra encore attendre cinq ans — cinq longues années ! — pour que l’ensemble de ses décrets d’application soient pris.
Voilà une autre leçon, parfois amère, de votre histoire : voter une loi est indispensable ; la faire appliquer, l’est tout autant. C'est pourquoi j’attache une importance particulière à cette question de l’application de la loi, au point d’y avoir consacré, pour la première fois de notre histoire, une séance publique en février.
Mais revenons à notre fil chronologique. Après la loi Neuwirth, grâce aux associations, grâce au Planning Familial, la cause des femmes avance, chaque année, d’une décennie.
En 1971, le Manifeste des 343.
En 1972, le procès de Bobigny avec la plaidoirie de Gisèle Halimi.
En 1973, les manifestations massives.
En 1974, Simone Veil monte à la tribune de l’Assemblée nationale.
En 1975, la loi Veil est promulguée.
En 1982, l’IVG est remboursée grâce à la loi Roudy.
En 2001, le délai légal passe de 10 à 12 semaines de grossesse.
En 2022, de 12 à 14 semaines, à l'initiative d’Albane Gaillot, ancienne députée, aujourd'hui directrice du Planning familial, que je salue.
Et le 4 mars 2024, le Parlement réuni en Congrès inscrit dans notre Constitution la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une IVG.
Ce jour-là, lorsque j’ai proclamé le résultat du vote comme Présidente du Congrès à Versailles, j’ai pensé à toutes celles qui n’étaient pas dans l’hémicycle. À celles qui avaient manifesté, soigné, milité. À vous. Aux lutteuses et aux lutteurs d’hier et d’aujourd'hui.
Mesdames, messieurs, cette histoire continue à présent avec vous.
Car le Planning familial, c’est d'abord un maillage vital. Ce sont 82 associations départementales et deux associations partenaires en Outre-mer. Ce sont 22 structures agréées « centres de santé sexuelle ». Ce sont 2 800 personnes mobilisées, dont les trois quarts sont bénévoles.
C’est un engagement quotidien dans la prévention contre les violences sexistes et sexuelles, comme dans l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle — un terrain sur lequel nous ne devons rien céder aux fantasmes réactionnaires.
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Enfin, je veux souligner une autre de vos fonctions. Elle est parfois moins confortable pour les responsables politiques. Et pourtant, c'est peut-être ma préférée.
Vous nous bousculez. Vous nous interpellez. Vous venez nous chercher par le col lorsque nous sommes tentés d’avancer moins vite.
Et pour cela, oui, sincèrement : je veux vous remercier. Une démocratie vivante a besoin d’associations qui ne se contentent pas d'applaudir ou d’acquiescer. Elle a besoin d’une société civile exigeante, capable de dire en face au politique : « Ce droit existe, mais il n’est pas effectif dans ce département. Cette protection existe, mais elle oublie des victimes. Alors, bougez-vous. »
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C’est ce qui s’est produit sur la définition pénale du viol. Le courage de Gisèle Pelicot, la mobilisation des associations, ont obligé notre société, dont les parlementaires, à regarder la réalité en face. Désormais, avec la loi du 6 novembre 2025, notre code pénal dispose explicitement que le consentement est libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable. Parce que la honte doit changer de camp, parce que l’impunité doit cesser.
Cette détermination, c'est aussi celle que vous portez pour la loi intégrale. Et je veux vous remercier pour votre mobilisation. Vous savez avec quelle âpreté j’ai, de mon côté, littéralement fait le siège du Gouvernement pour que l'examen du texte soit prévu dans les meilleurs délais - aux côtés des 247 députés qui ont mené un travail transpartisan exemplaire autour de Céline Thiébault-Martinez.
Et nous venons de remporter une première victoire : la semaine dernière, au terme de plusieurs jours de débats exigeants, la loi intégrale a été adoptée en commission spéciale. Son examen débutera ce jeudi dans l’hémicycle.
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Là encore : les associations poussent. Les parlementaires écoutent. La société avance.
C’est cela, précisément, ce que j’appelle une société de l’engagement.
Une société où l’on comprend que tout ne tombe pas d’en haut. Où chacun accepte de prendre sa part au destin de la Nation. Où les bénévoles se dévouent à autrui.
Moi qui viens du monde associatif, moi qui le rencontre chaque semaine ou presque en régions, je connais la valeur, je connais le bonheur, de cette société de l’engagement. Et depuis 70 ans, le Planning en est une vivante incarnation.
Cette société de l’engagement, la République a le devoir de la soutenir.
Alors que le Planning fait face à d’abjectes dégradations de ses locaux, à des menaces proférées contre ses bénévoles, ou à des coupes brutales de subventions décidées par des maires d’extrême droite, je tiens donc, au nom de la Représentation nationale, à vous assurer de mon entière solidarité.
Pour ma part, je n'oublierai jamais qui sont les adversaires historiques des droits des femmes, quand bien même ils tentent aujourd'hui de panthéoniser Olympe de Gouges.
Face à ce « backlash » international, face aux offensives masculinistes, la première Présidente de l'Assemblée nationale, comme les députés ici présents – qui ne sont pas, loin s'en faut, tous de ma famille politique – se tiendront toujours à vos côtés. Car au-delà de nos clivages partisans, il existe une cause qui nous dépasse tous : la cause des femmes, comme l’appelait Gisèle Halimi.
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Mesdames, Messieurs,
« Elles sont trois cent mille chaque année. […] Ce qu’il faut, c’est que cette responsabilité, la femme ne l’exerce pas dans la solitude ou dans l’angoisse. »
Ainsi parla Simone Veil dans l’hémicycle de l'Assemblée nationale, le 26 novembre 1974.
Plus d’un demi-siècle après, cette phrase pourrait encore être notre boussole. Ne jamais laisser seule. Informer lorsqu’il y a le doute. Accueillir lorsqu’il y a l’angoisse.
Simone Veil, Simone de Beauvoir, Jacqueline Thome-Patenôtre, Gisèle Halimi, Yvette Roudy.
Elles furent les lutteuses d’hier. Vous êtes les lutteuses et les lutteurs d’aujourd’hui.
Et surtout, demain, ensemble, continuons à lutter. Pour la liberté. Pour l’égalité. Pour la sororité.