Cérémonie des 8es Trophées MédiaClub’Elles - Remise du Trophée de l’Engagement à Hamida Aman
Mercredi 4 février
Galerie des fêtes de l'Hôtel de Lassay
Seul le prononcé fait foi
Mesdames et messieurs,
Et sans plus attendre, comme vous avez pu le deviner, le Trophée de l’Engagement est décerné à… Hamida Aman !
Chère Hamida Aman, c’est avec admiration, émotion, mais aussi avec un certain déchirement, que nous vous remettons ce prix.
Dans votre pays, l’Afghanistan, les femmes sont devenues des ombres sur leurs propres terres. À Kaboul, Hérat, Kandahar, partout, le simple fait d'être une femme est devenu un crime d'État.
Sortir, sourire, apprendre, comprendre, chanter, déclamer un poème, travailler, vivre, tout simplement : toutes ces libertés, toutes ces dignités, leur ont été ôtées.
Là-bas, l'obscurantisme a éteint la lumière. Mais vous, chère Hamida, vous avez rallumé le son avec Radio Bégum et Bégum TV– Bégum pour « princesse ».
Une radio, une télévision, un média faits par les femmes et pour les femmes.
C'est pour toutes les princesses d’Afghanistan que vous avez travaillé, œuvré, diffusé des programmes à la radio, quand le monde extérieur leur était coupé.
Votre arme préférée ? « La plus puissante du monde » aux dires de Nelson Mandela. Je parle bien sûr de l’éducation.
Vous avez diffusé en Afghanistan six heures de cours par jour. Trois en dari, trois en pachto. Alors que les lieux d’enseignement fermaient pour les femmes, c'est une véritable pédagogie des ondes que vous avez tenté d’instaurer.
Chère Hamida, je veux vous le dire ce soir, ici, au cœur de la démocratie française : nous ne lâcherons rien. Pour vous. Pour les Afghanes. Pour leur dignité universelle.
Votre combat, chère Hamida, est le nôtre.
C'est celui de l'Assemblée nationale, qui a voté à l’unanimité une résolution « pour condamner la politique de ségrégation imposée aux femmes afghanes par le régime des Talibans ».
Notre Délégation aux droits des femmes a aussi déposé une proposition de résolution visant à soutenir la reconnaissance juridique de la notion d'apartheid fondé sur le genre. C’est une démarche que je soutiens et c'est pourquoi je souhaite
son inscription prochaine à l’ordre du jour.
En novembre 2024, pour continuer à sensibiliser la communauté internationale, j’avais aussi tenu à mobiliser 20 Présidentes ou ex-Présidentes d’Assemblée, pour signer une tribune en soutien aux femmes afghanes. Pour leur dire que nos diplomaties parlementaires resteront mobilisées pour elles.
Et ce soir, nous ne les oublions pas.
Pas plus que nous n’oublions les femmes iraniennes. Pour elles aussi, l'Assemblée s’est mobilisée et a voté à l’unanimité une résolution condamnant l’oppression et la terreur imposées par un régime aux abois.
Pour marquer notre engagement d’une manière différente et symbolique, j’ai aussi décidé – vous l’avez peut-être vu en entrant – de faire installer, à l’entrée de l’hôtel de Lassay, un buste de Marianne inspiré des traits de Mahsa Amini, tuée pour quelques mèches de cheveux. Ce buste rappellera à tous nos visiteurs que trois mots, trois simples mots, font trembler les dictatures : Femme, Vie, Liberté.
Ce sont pour toutes ces femmes opprimées dans le monde, en Afghanistan, en Iran, partout, que nous continuerons de nous mobiliser. Dès le mois prochain, je me rendrai aussi à New York, aux Nations unies, avec notre Délégation aux droits des femmes, pour la 70e Commission de la condition de la femme. Je vous le promets : j’y porterai votre voix et vos combats.
Chère Hamida, Pour votre courage inouï, pour votre engagement, et au nom de la liberté de toutes les femmes d’Afghanistan et du monde, nous avons l’honneur de vous remettre le Trophée de l’Engagement de MédiaClub’Elles.
Et j’ai le plaisir de vous céder la parole.