Ouverture du colloque de la Croix-Rouge « Préparer les populations aux crises »
Jeudi 8 octobre
Salle Victor Hugo
Seul le prononcé fait foi
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale,
Mesdames et messieurs les ambassadeurs et diplomates,
Madame la Présidente de la Croix-Rouge française,
Monsieur le Vice-Président du Comité international de la Croix-Rouge,
Monsieur le Président de la Croix-Rouge libanaise,
Monsieur le Président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France,
Mesdames et messieurs les représentants du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge,
Mesdames et messieurs les responsables associatifs, chercheurs et experts,
Mesdames, Messieurs, en vos grades et qualités,
Solférino.
Voilà un nom propre que connaissent bien les familiers de l'Assemblée nationale.
Avant d’arriver à l'Assemblée nationale, certains d’entre vous sont peut-être passés par la station de métro Solferino, sur la ligne 12.
Les connaisseurs de notre vie politique se souviennent aussi que la rue du même nom fut, pendant très longtemps, associée au siège d’un grand parti au poing et à la rose.
Mais pour vous qui faites vivre la Croix-Rouge, ce nom a évidemment une tout autre résonance.
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Solférino, c’est bien sûr le nom d’une bataille qui a donné naissance à la Croix-Rouge.
Le 24 juin 1859, dans le nord de l’Italie, les armées française et sarde affrontent l’armée autrichienne. En quelques heures, près de 40 000 hommes tombent.
Au milieu du carnage, se trouve un homme d’affaires genevois. Henry Dunant.
Il voit les blessés abandonnés à leur sort, les services sanitaires absents ou débordés, des milliers d’hommes étendus sur le sol, unis dans la souffrance.
Alors, Henry Dunant agit. À Castiglione, avec les habitants, il improvise les secours. Il soigne les Français, Autrichiens, Italiens. Sans distinction.
Les femmes de Castiglione résument, en quelques mots, ce qui deviendra l’esprit, l'âme de la Croix-Rouge :
« Sono tutti fratelli. »
« Ils sont tous frères. »
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Trois ans plus tard, Dunant transforme son Souvenir de Solférino en avenir humanitaire. De ses intuitions naissent le futur Comité international de la Croix-Rouge en 1863, la Croix-Rouge française en 1864, puis, quelques mois plus tard, la première Convention de Genève.
162 ans plus tard, votre champ d’action s'est élargi, mais l’intuition fondatrice demeure intacte : préparer avant la crise, secourir pendant l'épreuve, et relever après la tragédie.
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Aujourd’hui, la Croix-Rouge française, ce sont plus de 81 000 bénévoles et plus de mille implantations locales. Ce sont des secouristes, des travailleurs sociaux, des soignants, des volontaires déployés dans l’Hexagone comme dans nos Outre-mer.
Lorsqu’une inondation survient, lorsqu’un incendie se déclare, lorsqu’une catastrophe frappe, vous êtes là.
Vous êtes là aussi, au cœur de la nuit, dans les maraudes, auprès des personnes âgées, des familles précaires.
C’est pour célébrer cette histoire, votre dévouement et votre action que j’ai tenu à vous accueillir ici, au cœur de la démocratie parlementaire, pour vous témoigner de la fidélité et de la reconnaissance de la représentation nationale.
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Mesdames, messieurs,
En ce jour où vous célébrez votre anniversaire, je voudrais m’arrêter sur deux mots. Deux mots qui résument notre défi collectif et l’esprit de ce colloque : la résilience et l'engagement.
La résilience, d’abord.
À quelques jours de la Journée nationale qui lui est consacrée, j’emprunterai au neuropsychiatre Boris Cyrulnik une image qui parle à la navigatrice que je suis.
La résilience, écrit-il, c’est « l’art de naviguer dans les torrents ».
Être résilient, ce n’est donc pas nier le torrent. C’est s’y préparer. C’est établir un plan d’action pour affronter la tempête. C’est savoir comment réagir pour prévoir l’imprévisible.
Et cet enjeu est plus actuel que jamais. Alors que nous sortons d’un été caniculaire, marqué par les méga-feux, alors que nos sapeurs-pompiers et de nombreuses associations, comme la Croix-Rouge, en sont sortis vidés et épuisés, nous devons mieux nous préparer ensemble.
C’est le sens du projet de loi de modernisation et de programmation de la sécurité civile, dont les premiers volets viennent d’être présentés. Ce texte devra traduire les conclusions du Beauvau de la sécurité civile.
Le Parlement prendra évidemment toute sa part pour enrichir ce texte et faire en sorte qu'il réponde aux exigences et aux urgences que vous faites remonter depuis le terrain.
Nous le devons à nos concitoyens, comme nous le devons à ceux sans lesquels notre modèle s'effondrerait : vous, les femmes et les hommes qui s’engagent.
Car aucun dispositif, aucune organisation, aucune loi ne peut remplacer l’engagement humain lorsque survient l’épreuve.
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Cela m’amène naturellement à la question de l’engagement.
Boris Cyrulnik nous le disait encore : « seul, il n’y a pas de résilience possible ».
Notre grande loi de modernisation de la sécurité civile de 2004 le proclamait elle aussi déjà : « la sécurité civile est l’affaire de tous » et « tout citoyen y concourt par son comportement ».
Ainsi, lorsque survient la catastrophe, il faut toujours quelqu’un. Quelqu’un qui ouvre un gymnase, monte dans une ambulance, part en maraude. Quelqu’un qui, à un moment donné, décide simplement : « J’y vais. Je prends ma part. »
Voilà l’engagement.
Cet engagement, vous l’incarnez, vous le personnifiez à la Croix-Rouge.
Henry Dunant lui-même a commencé par cet acte d’altruisme pur. Et quelques années plus tard, son initiative individuelle devenait le plus grand mouvement humanitaire mondial.
Oui, voilà ce dont est capable une véritable société de l’engagement.
Une société dans laquelle chacun prend sa part au destin de la Nation et donne son temps à autrui.
Une société dans laquelle les citoyens eux-mêmes agissent, s’associent, inventent, expérimentent, et prennent soin les uns des autres.
Une société où tout ne descend pas d’en haut, de l’État, de l'Assemblée nationale.
Une société dans laquelle chacun se dit : « Moi aussi, je peux agir à ma place. »
Cette société de l’engagement, les parlementaires l’ont renforcée ces dernières années à travers plusieurs lois.
En 2021, la loi « Matras » a conforté notre modèle de sécurité civile en soutenant et en valorisant l’engagement des sapeurs-pompiers, notamment volontaires.
En 2024 encore, la loi « Bataillon » a levé les freins à la vie associative en simplifiant l’accès à la formation via le compte d’engagement citoyen, en permettant le don de jours de repos monétisés et en ouvrant le mécénat de compétences.
Enfin, dans les deux dernières lois de finances, la représentation nationale a amplifié son soutien fiscal en supprimant la taxe d’habitation sur les locaux associatifs et en doublant à 2 000 euros le plafond des dons éligibles à la réduction d’impôt de 75 %, y compris pour la Croix-Rouge.
Moi-même, je connais intimement la force de cette société de l’engagement. Avant de présider cette Assemblée, avant même d’être élue députée, j’étais bénévole aux Restos du Cœur. J’ai dirigé un centre. Je sais ce que signifie ouvrir la grille le matin, accueillir une personne que la vie a abîmée, l’écouter et tenter, souvent avec peu de moyens, de lui redonner confiance.
C’est dans ces moments-là que l’on comprend combien les associations, leurs salariés, leurs bénévoles contribuent, silencieusement mais si précieusement, à faire tenir notre République.
Vous êtes la République. Nous sommes la République.
Aujourd'hui, 13 millions de Français sont bénévoles. Le secteur associatif emploie 1,9 million de salariés, sa masse salariale représente 51 milliards d’euros.
Derrière ces chiffres, il y a des vies sauvées, des destins réparés, des emplois créés, et des millions de liens humains tissés.
C’est pourquoi j’ai été indignée, en lisant, dans une certaine presse d’extrême-droite, que les milliards d’euros alloués aux associations par l’État seraient des milliards « engloutis ».
Engloutis.
Quelle violence pour ceux qui donnent leur temps, leur énergie et parfois une partie de leur vie aux autres.
Bien sûr, chaque euro d’argent public doit être voté, évalué et contrôlé. C’est l’une des missions constitutionnelles du Parlement, inscrite à l'article 24 de notre Constitution.
Mais posons-nous la question : que se passerait-il si, demain, les associations disparaissaient ? Qui assurerait les maraudes ? Qui accompagnerait les femmes victimes de violences ? Qui s’occuperait de nos enfants chaque week-end dans les clubs de foot, de tennis, de sport ?
Voilà pourquoi les associations, voici pourquoi la Croix-Rouge, voici pourquoi la loi de 1901 sur la liberté d’association sont un trésor républicain.
Un trésor que je chérirai et défendrai toujours à vos côtés.
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C’est aussi pour cela que, depuis 2022, je tiens tant à ouvrir l’Assemblée nationale à la société civile et aux associations : pour dialoguer avec vous, pour vous permettre de nous interpeller, parfois même de nous bousculer.
Entre le terrain et la Loi, entre l’associatif et le législatif, le mouvement doit être en effet aussi permanent que réciproque.
Notre rencontre en est une magnifique illustration. Parlementaires, diplomates, sapeurs-pompiers, bénévoles, humanitaires, chercheurs, entrepreneurs : vous voici tous réunis.
C’est l’image de l’Assemblée nationale que j’aime : une Assemblée vivante, engagée, ouverte sur la société civile et attentive aux tumultes du monde.
Une Assemblée de femmes et d’hommes qui ne sont pas toujours d’accord, mais qui savent aussi que, lorsque l’épreuve survient, il faut faire bloc et faire fraternité.
C'est ce qu’écrivait aussi un ancien député, qui a donné son nom à cette salle : Victor Hugo.
Je le cite pour conclure : « Par l'union, vous vaincrez. Étouffez toutes les haines, éloignez tous les ressentiments, soyez unis, vous serez invincibles. »
Oui, les crises à venir vont être brutales, imprévisibles, inédites ; mais en vous voyant aujourd'hui, je sais qu’unis, nous serons invincibles.