Ouverture des 10 ans du Conseil d'orientation des politiques de jeunesse

Mardi 6 octobre

Galerie des Fêtes
Seul le prononcé fait foi

Madame la ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, chère Marina Ferrari,

Madame la ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage, chère Sabrina Roubache,

Monsieur le ministre, cher Éric Lombard,

Mesdames, Messieurs les parlementaires,

Monsieur le Délégué interministériel à la Jeunesse, cher Thibaut de Saint-Pol,

Monsieur le Président du Mouvement des entreprises de France, cher Patrick Martin,

Monsieur le Président du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse, cher Hugo Huet,

Madame la Présidente de la commission de l’insertion des jeunes, chère Fiona Lazaar,

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,

Mesdames et Messieurs les représentants des organisations de jeunesse et d’éducation populaire,

Chers jeunes,

Mesdames, messieurs,

« Laissez-nous réaliser nos rêves. »

Ces mots donnent son titre au rapport que votre Conseil a publié, en 2023, avec le Conseil national de la protection de l’enfance.

Réaliser ses rêves, pour un jeune d'aujourd'hui, c'est l'exigence de l'essentiel : c'est poursuivre ses études ou décrocher un premier emploi. C'est trouver un logement digne. C'est avoir la liberté de choisir sa vie.

En célébrant vos dix ans, je voudrais partir de cet appel. Parce qu’il donne son sens à votre engagement. Et parce qu’il nous oblige, nous, responsables politiques.

En 2016, votre Conseil était créé avec cette conviction : les politiques pour la jeunesse doivent se construire avec la jeunesse.

Depuis dix ans, vous faites vivre ce dialogue. Vous recueillez la parole, confrontez les expériences, proposez des solutions. Pour cette décennie d’engagement, je veux vous remercier au nom de la Représentation nationale.

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Mesdames, Messieurs,

Cette exigence de dialogue, d’écoute, et d’action, prend une résonance particulière dans le contexte des mobilisations lycéennes.

Alors que s’expriment des revendications légitimes sur les trop nombreuses absences non-remplacées, les conditions d’étude parfois dégradées, ou l’inquiétude face à l’avenir, nous devons écouter la parole de la jeunesse. Elle a bien sûr toute sa place dans notre espace démocratique.

Mais le dialogue impose le respect du cadre républicain.

Il implique le rejet et la condamnation sans équivoque des dégradations et des violences inacceptables dont nous avons été témoins.

Je voudrais faire part du soutien et de la compassion de la représentation nationale à l’ensemble des élèves, personnels et forces de l’ordre qui ont été blessés.

Il est du devoir de tout responsable politique digne de ce nom d’appeler à l’apaisement.

Appeler à l’apaisement ne signifie cependant pas passer sous silence la voix des jeunes.

Car il est aussi de notre devoir d’entendre et d’apporter des réponses à leurs demandes.

C’est pourquoi je me réjouis que l’organisation du COJ ait fait le choix de bousculer le programme de cet après-midi, afin de permettre aux organisations qui le souhaitent de s’exprimer sur la crise en cours, et de faire part de leurs propositions. L’Assemblée nationale est le lieu du débat démocratique, il est donc naturel que cet espace d’expression y trouve sa place.

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Au fond, ces mobilisations nous ramènent à la question centrale qui traverse vos travaux : quelle place faisons-nous réellement à la jeunesse dans notre République ?

En 1946, le Préambule de la Constitution proclamait « l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture ».

Cette promesse républicaine nous engage encore.

Toutefois, sommes-nous vraiment à sa hauteur ?

Dans notre débat public, nous parlons d’une société de droits et de devoirs. Mais vous pouvez avoir le sentiment que l’on insiste davantage sur vos devoirs que sur vos droits.

On demande beaucoup à la jeunesse : toujours plus d’études, de stages, d’adaptabilité et de règles à respecter.

Toutefois, la réciproque existe. Une République exigeante envers sa jeunesse doit être une République exigeante envers elle-même.  

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Or, la réalité est cruelle.

Le chômage frappe encore plus de 20 % des jeunes actifs.

Notre pays compte également 3 millions d’étudiants, dont près de 700.000 boursiers, pour à peine 180.000 places en résidences Crous.

Quant aux jeunes pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance, la République se révèle être un parent défaillant, les laissant trop souvent basculer dans la précarité.

Face à cette réalité, nous, responsables politiques, n'avons pas d'autre choix que d’agir.

Agir pour qu’un jeune puisse encore se dire que son pays croit en lui.

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Mesdames, Messieurs, tenir cette promesse républicaine suppose des choix politiques courageux.

Aussi, à l’approche des débats budgétaires, nous devons cesser de considérer chaque euro alloué à la jeunesse comme une contrainte comptable. C'est un investissement. Le plus rentable qui soit.  

C'est pour cela que, depuis le Perchoir, je serai attentive à ce que les erreurs récentes ne se reproduisent pas.

Je pense aux aides à l’embauche des apprentis, au Pass Culture ou au Pass Sport.

La jeunesse ne peut être une variable d’ajustement budgétaire.

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Toutefois, l’argent public ne réglera pas tout. Donner des moyens suppose aussi d’ouvrir des perspectives. C’est tout l’enjeu de l’orientation.

Aujourd’hui, Parcoursup concentre beaucoup d’inquiétudes pour les jeunes et leurs familles. Mais en vérité, s’attaquer aux modalités d’affectation, certes perfectibles, ne permet pas de répondre efficacement au défi global de l’orientation, qui se construit bien en amont.

Sur ce plan, nous avons tout à gagner à nous inspirer des méthodes qui fonctionnent ailleurs. Je veux notamment vous parler de la Suisse, où j’ai récemment effectué un déplacement.

Chez nos voisins helvètes – et je sais, cher Patrick Martin, combien ce modèle te tient à cœur - la formation professionnelle initiale accueille près de deux jeunes sur trois. Les acteurs économiques participent à la définition des compétences ; les formations sont réexaminées, au moins tous les cinq ans ; et de nombreuses passerelles permettent de changer de voie.

Le résultat est sans appel : le taux de chômage des jeunes Suisses est autour de 3 %.

Nous avons donc une responsabilité : regarder ce qui fonctionne ailleurs et en tirer toutes les leçons utiles.

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Cette responsabilité, d’ailleurs, ne repose pas sur les seules épaules de l’État. Elle incombe tout autant aux entreprises, et il en sera question lors de cette plénière.

Vous connaissez ces récits : trente, cinquante candidatures pour un stage. Une admission obtenue, mais une alternance introuvable.

C’est un paradoxe français redoutable : comment demander aux jeunes d’avoir confiance en leur avenir… si nous ne commençons pas par leur faire confiance ?

Accueillir un stagiaire, former un apprenti, embaucher un diplômé : ce sont de petites décisions à l'échelle d'une grande entreprise. Mais ces décisions changent une vie professionnelle.

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Le cœur de mon message est là : la responsabilité est collective.

Elle appartient à l’État, au Parlement, aux collectivités, aux universités et aux entreprises : à toute la société. Mais elle vous appartient particulièrement, à vous qui siégez au Conseil d’orientation des politiques de jeunesse.

Cette responsabilité partagée rejoint une conviction qui m’est chère : celle d’une société de l’engagement – un thème qui sera aussi à l’honneur durant cette plénière.

Cette société de l’engagement, où chacun se sent responsable de ce qui arrive aux autres. Une société où chacun donne de son temps à la Nation.

C’est par cette mobilisation de tous que nous serons plus efficaces – et que nous donnerons concrètement à chaque jeune les moyens de construire son avenir.

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Et c’est précisément pourquoi le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse est si utile.

Vos récents travaux prouvent que vous vous saisissez des priorités : la précarité, la crise du logement, la jeunesse ultramarine, l'engagement citoyen.

Dans ces batailles, les parlementaires ont été, sont, et seront, à vos côtés. Ensemble, nous avons obtenu plusieurs succès récents, comme le maintien du Pass Sport. Vous avez aussi soutenu plusieurs idées reprises par les parlementaires : comme la création du Contrat d’Engagement Jeune, ou du Pass’colo.

Nous allons poursuivre ce travail. Et vous trouverez pour cela toujours des alliés solides : en moi-même, chez les députés présents ici, et chez nos anciens collègues, comme toi, chère Fiona Lazaar.

Je souhaite donc que nous ayons, plus systématiquement, le réflexe de consulter notre jeunesse.

Quand nous débattons de l’IA, du climat, de vos futures retraites, vous devez être là. Votre regard doit éclairer nos choix.

C’est aussi tout le sens de l’ouverture citoyenne que je porte à l’Assemblée nationale : permettre aux Français, en particulier aux plus jeunes, d’entrer dans cette maison de la démocratie, de contribuer au débat. Pour qu'ils se rapprochent de leurs institutions et de la politique.

Alors je n’aurai qu'un seul conseil à vous donner : soyez farouchement libres. Libres de nous bousculer. Libres de nous contredire.

Libres de votre parole, sans jamais vous laisser instrumentaliser ou récupérer par un parti politique.

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             Mesdames, Messieurs, « Notre société ne sait pas toujours dialoguer avec la jeunesse, être à l'écoute de ses difficultés, de ses angoisses, mais aussi de ses propositions et de ses rêves. Peut-être oublie-t-elle que c'est le propre de la jeunesse d'être faite de fragilités, d'exigences et de passions. »

Ces mots sont ceux de Simone Veil. Elle les prononçait en 1994, alors qu’elle était ministre d’État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville.

32 ans plus tard, ces mots nous interrogent encore.

Avons-nous appris à mieux écouter ? Savons-nous faire confiance ? Sommes-nous prêts à donner aux jeunes une place à la mesure des responsabilités que nous leur demandons d’assumer ?

C'est le défi de votre Conseil. C'est notre défi commun. Et vous nous trouverez toujours à vos côtés pour le relever.

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