Ouverture de la 14e cérémonie des Margaret Awards
Jeudi 9 avril
Galerie des Fêtes
SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI
Madame la Ministre de l’Éducation nationale au Gabon,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Madame la PDG de Join Forces & Dare, chère Delphine Rémy-Boutang,
Monsieur le Parrain des Margaret Awards 2026, cher Philippe Aghion,
Mesdames et messieurs les scientifiques, chercheurs, entrepreneurs,
Chers finalistes des Margaret Awards,
Mesdames, Messieurs,
Depuis 1889, 72 noms de savants illustres, de Cuvier à Lavoisier, d’Ampère à Bichat, sont gravés, en lettres d’or, sur la Tour Eiffel.
Et parmi ce panthéon d’acier, savez-vous combien l’on compte de femmes ?
Zéro.
Zéro femme contre 72 hommes.
Mais très bientôt, cette injustice sera enfin réparée.
72 noms de femmes scientifiques seront gravés sur la Dame de Fer, parmi lesquelles :
Sophie Germain, mathématicienne de génie,
Marie Curie, double Prix Nobel,
Et sa fille, Irène Joliot-Curie, Nobel de Chimie et qui devint, il y a 90 ans, l'une des trois premières femmes à entrer au gouvernement...
Avant ou après elles, d’autres femmes d'exception subirent de plein fouet ce que l'on nomme l'« effet Matilda » :l'effacement pur et simple de leur génie.
Je pense à Rosalind Franklin, véritable pionnière de l'ADN.
Et je pense aussi, bien sûr, à Margaret Hamilton, codeuse du programme Apollo. Or si l'homme – et bientôt la femme – a pu marcher sur la Lune, c'est grâce à elle ! Et il faut donc se réjouir que vous lui rendiez un juste hommage à travers ces Margaret Awards.
De nos jours, il y a heureusement moins de « Matilda ». Les femmes scientifiques illustres reçoivent plus souvent la reconnaissance qu’elles méritent, de nos astronautes Claudie Haigneré ou Sophie Adenot, à nos Nobelisées, Emmanuelle Charpentier en chimie, Anne L’Huillier en physique, ou encore Esther Duflo – notre autre Nobel d’économie, cher Philippe Aghion.
Mais ne nous leurrons pas : le pays de Marie Curie reste en retard.
Aujourd'hui, pour 4 personnes qui travaillent dans le numérique ou l’ingénierie, on ne compte qu'une seule femme ! Et dans la French Tech, une start-up dirigée par un homme lève en moyenne 1,6 fois plus de fonds qu'une start-up dirigée par une femme. C'est du sexisme — comptabilisé, documenté, chiffré.
Alors, d'où vient cette fracture ? Cette autocensure ?
Des stéréotypes et des biais de genre. Ils s'enracinent dès le plus jeune âge. Dans les jouets. Dans les manuels scolaires. Dans l’éducation des parents.
Ces inégalités insidieuses ne sont pas seulement une injustice morale. C'est un véritable sabotage économique, chiffré à 22 milliards d’euros par an !
Or répétons-le : à l’ère de l’IA, du quantique, se priver de 50 % de nos talents est une folie douce. Nous ne gagnerons pas la compétition mondiale de l’innovation en nous battant avec un bras dans le dos !
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Face à ce constat accablant, notre devoir de parlementaires, de citoyens engagés, c'est d'agir.
Et l’Assemblée nationale a pris ses responsabilités pour instaurer plus d’égalité, à tous les niveaux de la société.
Dans le monde des grandes entreprises, en adoptant en 2021, la loi Rixain, instaurant un quota de 40 % de femmes dans les instances dirigeantes d'ici 2030. Cette loi a aussi imposé des critères de parité au sein des comités de sélection décidant des investissements de BPI France, et pour les projets qui en bénéficient.
Les parlementaires ont aussi créé, en 2018, l’index dit Pénicaud – que nous pourrions muscler, en l’étendant à d'autres critères, ou en durcissant ses sanctions.
Et puisque le monde politique doit être exemplaire, je me suis battue pour que soit adoptée une loi très importante : celle instaurant les listes paritaires dans toutes les communes de France pour les élections municipales.
Cette loi a eu, d’ores et déjà, des effets concrets : suite aux récentes élections, la proportion de conseillères municipales a augmenté de 6 points en France, et même de 10 % dans les petites communes, passant de 38 % à 48 %.
Enfin, cette exemplarité, j’ai voulu la traduire en actes à la Présidence de l'Assemblée nationale, en nommant deux femmes à la direction et à la chefferie de mon cabinet !
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Mais alors que les plafonds de verre demeurent dans bien des domaines, et notamment dans la tech, ne devrions-nous pas réfléchir à aller encore plus loin ?
Ainsi, si le plan « Filles et maths », lancé en mai dernier, prévoit une cible d’au moins 30 % de filles en classes préparatoires scientifiques, ne devrions-nous pas agir bien plus en amont ? Par exemple, en revoyant la formation de nos enseignants, comme tous les manuels scolaires, pour y traquer les biais et inconscients sexistes ?
Quoi qu'il en soit, les mentalités évoluent et une heureuse nouvelle, tombée vendredi dernier, l’a encore confirmé : puisque le nouveau concours général des collèges imposera une parité stricte en mathématiques et en numérique-codage.
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Il n’en demeure pas moins que face à l’immensité de ce défi culturel, sociétal, global, la loi et l’action publique ne pourront pas tout à elles seules. Il nous faut également agir sur un autre levier : celui des modèles féminins.
C'est là que réside la force des Margaret Awards, qui offrent des modèles de réussite pour que chaque fille puisse se dire : « oui, être entrepreneuse, codeuse, développeuse, c'est aussi pour moi ».
C'est cette audace, la vôtre, que nous célébrons avec cette cérémonie que nous avons tenu à accueillir ici, à l'Assemblée nationale. Pour vous signifier l’engagement de la Représentation nationale à vos côtés.
Pour le succès de cette cérémonie, je saluerai l'engagement du réseau Join Forces & Dare. Je remercie aussi vos soutiens, ainsi que mon collègue Paul Midy, toujours en première ligne sur l’innovation. Et je remercie aussi l’ensemble de mes collègues de la Délégation aux droits des femmes.
Vous tous ici réunis, vous incarnez cette « société de l’engagement » féministe à laquelle je crois viscéralement pour notre pays.
Enfin, je voudrais bien sûr féliciter les finalistes de ces Awards. Vous brillez dans des secteurs au cœur de notre souveraineté : l’IA, le cloud, la santé, le nucléaire ! La France, l’Europe, ont besoin de votre créativité.
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Mesdames, je conclurai avec Marie Curie.
Elle disait : « J’ai appris que la voie du progrès n’était ni rapide ni facile. Mais il faut avoir de la persévérance, et surtout de la confiance en soi. Il faut croire que l’on est doué pour quelque chose, et, cette chose, il faut l’atteindre coûte que coûte. »
Alors, osez. Foncez. Prenez votre place. Atteignez vos rêves, coûte que coûte ! La Tour Eiffel attend vos noms.
Je déclare la 14e cérémonie des Margaret Awards ouverte, et vous cède la parole, chère Delphine Rémy-Boutang !