19e Assemblée des Idées sur le thème « Le poids des maux, le choc des réseaux : comment sortir du piège du narcotrafic ? »
Mardi 31 mars
Galerie des fêtes
Seul le prononcé fait foi
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Mesdames, messieurs,
« Trafic de cocaïne : la France face au tsunami blanc. »
« Uber-Shit, Air-bnbeuh, Snapchat : comment la drogue est livrée chez vous plus vite qu'une pizza. »
Ces « unes » de la presse décrivent ce piège qui s’est refermé sur la France : le piège du narcotrafic.
En deux décennies, ce fléau a muté. Il s’est étendu. Il s’est enraciné.
Ainsi, en France, en 2024, le chiffre d’affaires du marché de la drogue représentait 5,4 milliards d’euros. C'est 5 fois plus qu'en l’an 2000.
Désormais, ce fléau ne concerne plus seulement les centres urbains. Il gangrène aussi nos communes rurales et nos Outre-Mer.
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Mais je peux vous l’assurer : face au narcotrafic, les parlementaires ont pris leurs responsabilités.
L’an dernier, nous avons ainsi adopté une loi cruciale pour sortir la France du piège du narcotrafic.
Et je tiens à le souligner : cette loi transpartisane fut d’initiative parlementaire, et votée à l’unanimité au Sénat et à une large majorité à l’Assemblée. Car sur le narcotrafic, comme sur tant d’autres sujets, les députés savent dépasser leurs clivages.
Cette loi a donc permis des avancées décisives.
Avec le parquet national anticriminalité organisée.
Avec le dossier judiciaire coffre et le nouveau statut de repenti.
Avec les quartiers de lutte contre la criminalité organisée en détention.
Et j’ajouterais enfin qu'en dix ans, les parlementaires ont augmenté de plus de 50 % le budget de la Justice et doublé les effectifs de l’Office anti-stupéfiants.
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Cependant, la réponse ne peut pas être seulement sécuritaire, pénale, législative.
Le combat est aussi éducatif, social, sanitaire, économique, diplomatique.
Il y a bien sûr la répression, mais il y a également la prévention, la sensibilisation. En somme, nous sommes face à un défi transversal et global, qui engage toute la société.
C’est pourquoi je salue aussi le courage de tous ceux qui incarnent cette « société de l’engagement » dont notre République a besoin.
Je pense aux soignants confrontés aux ravages des addictions. Aux enseignants et éducateurs qui éveillent les consciences. Aux associations qui essayent de maintenir du lien là où tout se déchire.
Et je pense aux élus locaux qui luttent sur le terrain.
Ce soir, nous entendrons justement la voix d’une élue courageuse : Amandine Demore, maire d’Échirolles. Madame la maire, vous avez affronté le péril du narcotrafic droit dans les yeux. Votre voiture a été incendiée. Mais vous avez tenu bon, avec une détermination qui force le respect. Et vos électeurs ne s’y sont pas trompés puisqu'ils vous ont largement réélue aux dernières municipales.
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Oui, ce débat, Mesdames, Messieurs, nous le devons à tous ceux en première ligne face à ce fléau.
Et je veux avoir ici une pensée particulière pour Amine Kessaci, pour sa mère, Ouassila.
Je vous le dis en tant que mère, je vous le dis en tant que Présidente de l'Assemblée nationale : vous pouvez compter sur mon engagement total, comme sur celui des parlementaires, pour nous sortir de ce piège du narcotrafic.
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C'est pour cela que nous sommes réunis aujourd'hui.
Ce soir, nous allons donc poser les vraies questions, parmi lesquelles :
- Où placer le juste curseur entre prévention et répression ?
- Quels sont les angles morts de notre politique de lutte contre le narcotrafic et ses conséquences ?
Et existe-t-il des modèles étrangers et peut-on s’en inspirer ?
Parce que ces questions exigent un regard décloisonné et transversal, nous avons réuni des intervenants aux profils aussi diversifiés que complémentaires. Je remercie donc :
- Amandine Demore, maire d’Échirolles ;
- Marie Jauffret-Roustide, sociologue, politiste et directrice de recherche à l’Inserm, également membre du conseil scientifique de l’Agence de l’Union européenne sur les drogues ;
- Bertrand Monnet, professeur à l’EDHEC et fin analyste de l’économie du crime ;
- Et pour animer nos échanges, je remercie Olivier Biscaye, directeur de la rédaction de La Provence.
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Mesdames, Messieurs, faire dialoguer citoyens, experts et parlementaires. Dépassionner le débat public. Faire de notre Parlement une agora vivante, vibrante et citoyenne.
Telle est la vocation de la politique d’ouverture de l'Assemblée nationale et de ces Assemblées des Idées que j’ai initiées depuis 2022.
Nos 18 précédentes éditions – sur la parentalité, l’écologie, les prisons ou la laïcité – nous l’ont prouvé : lorsque nous vous donnons la parole, les solutions émergent.
Et nous allons encore le prouver ce soir. Excellente Assemblée des Idées !