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G7 Parlementaire - Intervention sur la coopération internationale dans la prévention et la lutte contre le terrorisme

G7 Parlementaire
Intervention sur la coopération internationale
dans la prévention et la lutte contre le terrorisme
(Rome, 8 septembre 2017)

Madame et Messieurs les Présidents,

Chers collègues,

Les attaques intervenues cet été en Catalogne sont venues nous rappeler à quel point la menace terroriste djihadiste reste présente, en dépit des revers militaires essuyés par Daech.

Chassé de Mossoul et bientôt de Raqqa, l’Etat islamique a perdu les 2/3 de la population et du territoire qu’il contrôlait il y a trois ans. La disparition prochaine du sanctuaire territorial, où ont notamment été formés les auteurs des attentats de Paris et de Bruxelles, est indispensable. Elle met à mal le pouvoir d’attraction de l’État islamique, dont le rayonnement tenait largement à l’expansion militaire apparemment fulgurante et irrésistible de l’été 2014. Cette victoire militaire n’est pas suffisante, d’autant  que d’autres foyers de radicalisation subsistent, au Yémen ou au Sahel.  Dans cette dernière région, la France est en première ligne avec 4000 hommes, aux côtés de nos alliés africains et avec l’appui de nos partenaires européens et américains.

La coopération sécuritaire entre États, en Europe en particulier, a progressé à mesure que nos pays prenaient conscience de leur commune fragilité face à la menace terroriste. Parmi les acquis de cette coopération, nés d’un équilibre toujours délicat entre sécurité et liberté, on peut mentionner le fichier PNR (passenger name record), qui permet aux services d’avoir accès à toutes les données passagers détenues par les compagnies aériennes ; la création du mandat d’arrêt européen ; la constitution d’un corps de gardes-frontières européens ; l’extension et l’harmonisation de la définition du terrorisme afin qu’aucun comportement n’échappe à la justice ; le renforcement du contrôle et de la démilitarisation des armes à feu.

D’autres textes sont à venir comme la création d’un ESTA européen (ETIAS), une déclaration d’entrée sur le territoire de l’Union, ou l’harmonisation, à défaut d’interconnexion, des multiples fichiers européens existants.

Cette menace terroriste prospère évidemment sur les échecs de l’intégration de minorités toujours en butte à des discriminations, notamment sur le marché du travail.

L’exclusion et la pauvreté ne rendent toutefois pas compte à elles seules des causes du terrorisme. Ainsi, un quart des combattants français partis rejoindre Daesh sont des convertis qui n’ont jamais été confrontés au racisme. Le djihadisme est aussi un discours qui séduit, et n’en appelle pas uniquement au sentiment d’injustice.

La prévention du terrorisme a en effet une dimension politique, idéologique même. Le passage à l’acte violent peut être facilité, préparé, par la diffusion d’un Islam radical qui, fut-il pratiqué de manière quiétiste et pacifique par la grande majorité de ses adeptes, introduit une telle coupure avec le reste de la société (« mauvais musulmans », juifs, chrétiens, athées ou agnostiques) qu’elle  rend licite la violence contre les « mécréants ». Je pense naturellement au salafisme et au wahhabisme, qui ont connu une expansion marquée en France où ils étaient encore inexistants au début des années 1990.

Cet extrémisme est habile à exploiter les valeurs d’une société ouverte et démocratique pour mieux les retourner contre celle-ci. La tolérance, les droits des minorités, les libertés de conscience et d’expression, ne doivent pas donc servir de paravent à la diffusion d’un discours de haine et à la pratique d’un séparatisme culturel radical.

Un dialogue difficile et exigeant est donc également à mener avec les pays du Golfe qui, tel l’Arabie Saoudite et le Qatar, travaillent à la propagation ce fondamentalisme qui fragilise nos sociétés, en Europe et ailleurs.   

Je vous remercie.