Dîner de la Licra

Dîner de la Licra

Samedi 23 mars 2019 – Hôtel de Lassay

SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI

 

Monsieur le ministre de l’Éducation nationale, cher Jean-Michel Blanquer,

Madame et monsieur les députés, chère Naïma Moutchou, cher Guillaume Vuilletet,

Monsieur le Président de la Licra, cher Mario Stasi,

Mesdames et messieurs les présidents d’association,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames, messieurs,

 

 

Bienvenue à l’Hôtel de Lassay, à la Présidence de l’Assemblée nationale où je suis heureux de vous accueillir.

C’est bien sûr avec plaisir que je prends part à ce dîner républicain, mais aussi et surtout avec émotion, avec gravité, compte tenu de l’actualité que vous connaissez tous.

Ce rendez-vous important s’insère dans vos travaux de congrès, il permet d’échanger, de se rencontrer, avec à l’esprit les maux qui minent le plus dangereusement toute société : le racisme, l’antisémitisme, la haine de l’autre. 

Une démocratie se doit d’être vigilante et c’est pourquoi je me réjouis de voir ici, à l’initiative de la Licra, tous ceux qui combattent les préjugés et les discriminations : M. Francis Kalifat, président du CRIF, M. Dominique Sopo, président de SOS Racisme, Mme Costa-Lascou, présidente du CNRS, Mme la secrétaire générale du comité interministériel de prévention de la radicalisation, M. le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, M. le recteur de Paris, et bien d’autres encore : en vérité, il faudrait nommer chacune et chacun d’entre vous.

Je remercie donc la Licra d’avoir organisé ce moment d’échange si précieux pour l’avenir de notre pays.

La Licra est d’abord remarquable par sa permanence ; elle a fêté avec éclat ses 90 ans, ici même, l’an dernier, et comme en témoigne ce dîner du 49e congrès, elle demeure pleine de vie et d’énergie. Ce constat est à la fois sympathique et, en un certain sens, effrayant.

Constat heureux car il montre la solidité de la Licra, dans un monde associatif souvent fragile. Il témoigne aussi de la grande faculté d’adaptation de la Licra qui, de son combat fondateur contre les pogroms à la réflexion sur la cyberviolence, a toujours su se montrer attentive aux nouvelles formes que peuvent prendre le racisme et l’antisémitisme.

Mais cette permanence que je viens d’évoquer a aussi quelque chose d’effrayant car, si la Licra est toujours là, debout, mobilisée, c’est parce que le fléau qu’elle combat demeure, lui aussi, d’une terrifiante continuité. L’actualité de ces derniers mois, hélas, est venue nous le rappeler de multiples façons.

L’antisémitisme, au XXe siècle, a ravagé l’Europe : on pouvait espérer qu’au moins, l’abomination de la Shoah servirait de leçon aux générations futures. Et pourtant, il est revenu se manifester de multiples façons.

Il y a d’abord cet antisémitisme spectaculaire qui fait la une des journaux, comme l’odieuse inscription Juden que nous pensions ne plus jamais revoir en devanture des magasins et qui a été taguée sur les vitrines de certains commerces.

Il y a eu les portraits de Simone Veil honteusement souillés d’une croix gammée, les graffitis scandaleux de Strasbourg, les tombes profanées de Quatzenheim, l’assassinat de Mireille Knoll : oui, une rescapée de la Shoah a été tuée parce qu’elle était juive, dans le Paris du XXIe siècle !

Ces actes graves ne sont pas pour autant isolés, car il existe aussi cet antisémitisme ordinaire, fait d’insultes et d’agressions, qui pèse si lourd sur le quotidien de nos concitoyens de culture juive et qui, en quelque sorte, tend à banaliser la haine.

De ce point de vue, 2018 aura été l’année d’un triste record, les actes antisémites ayant augmenté de 74 % par rapport à l’année précédente.

Les autres formes de haine se manifestent tout aussi violemment, à commencer par celle que suscite si stupidement la couleur de peau. J’ai la douleur de constater que certains députés, en France, ont reçu pour cette raison des courriers d’une violence inouïe, mêlant insultes racistes et menaces de mort.

Et partout dans le monde, des hommes et des femmes subissent quotidiennement des discriminations pour cette raison.

Et que dire du courrier adressé cette semaine au préfet de La Réunion par celle que nous sommes nombreux à avoir admiré dans Le Mépris mais que nous sommes, je l’espère, plus nombreux encore à honnir quand elle affiche son propre mépris à l’égard de nos concitoyens réunionnais, qu’elle traite de sauvages et de dégénérés.

Penser qu’elle fut jadis une figure de Marianne m’afflige et me consterne.

Mais ce constat très sombre de la permanence du racisme et de l’antisémitisme ne peut pas, ne doit pas nous conduire au découragement.

C’est même l’exemple que donnent à tous la Licra et tous ceux qui soutiennent son action : ce constat doit décupler notre énergie, pour lutter sans relâche contre le racisme et l’antisémitisme.

Lutter en manifestant notre solidarité à l’égard des victimes et notre refus de tout comportement raciste.

Lutter quand cela est utile et nécessaire par une adaptation de notre législation.

L’arsenal normatif est déjà très important et l’adoption d’un nouveau texte ou d’une nouvelle loi ne saurait constituer une solution miracle ; mais notre législation reste perfectible et doit bien sûr tenir compte des nouvelles formes que peuvent prendre le racisme et l’antisémitisme.

La députée Laetitia Avia vient de déposer une proposition de loi en ce sens, contre la cyberhaine, qui viendra bientôt en discussion dans l’hémicycle.

Enfin, nous devons aussi et surtout lutter par l’éducation, par la culture, par l’intelligence. C’est par l’action éducative et pédagogique que nous pourrons durablement enrayer ces phénomènes.

Cette conviction, je sais que vous êtes nombreux à la partager, comme en témoignent les actions quotidiennes que vous menez et comme l’illustre de la meilleure des manières la présence ici, ce soir, de M. le ministre de l’Éducation nationale.

Cette lutte n’est pas vaine, elle a permis de faire de grands progrès.

Notre société, dans sa grande majorité, n’accorde plus aucun crédit aux théories visant à donner un fondement scientifique au racisme.

Nos juridictions condamnent régulièrement les insultes racistes, qu’elles soient publiques ou, désormais, proférées dans un cadre plus restreint.

En juillet dernier, la suppression du mot « race » dans notre Constitution a été votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale, pour qui un tel concept ne saurait s’appliquer aux humains. 

Bref, nous progressons, malgré les résurgences que j’évoquais tout à l’heure et qui ne sont d’ailleurs pas une spécificité française. Dans toute l’Europe, racisme, antisémitisme et xénophobie alimentent les discours de démagogues populistes qui jouent sur les peurs pour asseoir leurs ambitions et ruiner l'édifice démocratique.

Ce n’est ni le lieu ni l’instant de faire des discours électoraux et je m’en garderai bien. Mais il me semble que le prochain scrutin européen aura une signification toute particulière, en ce qu’il demandera, dans chaque pays, dans chaque conscience, à se déterminer entre progressisme et archaïsme, entre ouverture et fermeture.

Quelle Europe voulons-nous, en effet ? Quel avenir pour nous et pour nos enfants ? Nous partageons cette conviction : le respect de l’autre, la concorde, la tolérance, ne sont pas des options mais des nécessités, des impératifs qui justifient chaque jour notre engagement.

Je vous invite donc à partager ce qui nous unit : la fraternité républicaine !