Cérémonie de remise des prix du Trombinoscope 2018

Discours d’ouverture du Prix du Trombinoscope 2018

Galerie des Fêtes – Mercredi 6 février

seul le prononcé fait foi

 

Mesdames et monsieur les Ministres,

Mesdames et messieurs les députés,

Mesdames et messieurs les sénateurs,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames, messieurs,

 

Je suis très heureux d’ouvrir la traditionnelle remise des prix du Trombinoscope. Celle-ci a pris rang d’institution dans notre calendrier politique et parlementaire, ce dont personne ne se plaindra au Palais-Bourbon : ce n’est pas tous les jours que la presse vient ici tresser des couronnes aux élus, nous ne boudons pas notre plaisir.

La date retenue cette année, pourtant, pouvait donner des inquiétudes. En ces temps d’antiparlementarisme avoué, se réunir un 6 février n’évoque pas que de bons souvenirs. Je n’oublie pas que la vague contestataire anti-tout qui est passée sur la France a éclaboussé la presse elle-même, rejetée ici ou là au même titre que toutes les formes d’institutions et de médiations. Nos trombines se valent, en somme, quand il s’agit de la contestation de nos institutions et de notre démocratie.

Ce terme de « trombine » mérite qu’on s’y arrête. Ce n’est pas un mot d’argot, même s’il semble former la synthèse de « tronche », de « bille » et de « binette », trois façons de désigner la tête. Il apparaît au milieu du XIXe siècle et Flaubert l’emploie, mais dans sa correspondance intime, car le mot est trop familier à l’époque.

Certains étymologistes ont voulu voir dans « trombine » une francisation de l’italien« trombina »,petite trompe. Est-ce à dire que les trompettes de la renommée doivent sonner pour qu’on honore votre visage ? Ces trompettes, vous le savez, figurent sur le bas-relief de Lemot qui orne la tribune des orateurs, dans l’hémicycle : c’est là où les trombines trompettent, parfois trompeusement.

Les assemblées parlementaires françaises furent d’ailleurs les premières à éditer des « trombinoscopes », à usage interne : elles auraient dû en déposer la marque ! Dès 1871, paraît un journal,Le Trombinoscope, qui remporte un certain succès pour ses caricatures, fondées sur la technique des « grosses têtes ». Et c’est sans doute là le danger principal, qui guette chacun de nous : attraper la grosse tête ! Une thrombose de la trombine, en somme, qui arriverait en trombe…

L’écrivain Georges Perros, qui vivait dans le Finistère et en avait acquis la sagesse, accueillit avec détachement les prix qui lui furent décernés : « Les prix littéraires donnent un complexe de supériorité aux jurés et un complexe d’infériorité aux élus », disait-il.

Il évoquait la littérature et nul doute que les effets qu’il redoutait n’ont pas cours ici et ce soir. J’espère à l’inverse que les prix du Trombinoscope distingueront le sens de l’intérêt général, mettront en lumière le talent  pédagogique, l’efficacité, le désintéressement, la modestie et l’audace des élus qui portent la République et nourrissent les débats démocratiques les plus élevés.

Bref, que justement les prix du Trombinoscope valorisent ceux dont on ne voit pas déjà la trombine partout et en toutes circonstances.

Mais je ne voudrais pas anticiper et c’est avec plaisir que je cède la parole à François-Xavier d’Aillières, notre grand trombinologue, pour passer le microcosme au microscope.

Je vous remercie et vous souhaite une bonne soirée.